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Rivesaltes : en mémoire des «indésirables»

 

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Société

Le camp de Rivesaltes, une zone désolée, battue par les vents./ TopSud

Le camp de Rivesaltes, une zone désolée, battue par les vents./ TopSud

 

C'est aujourd'hui que Manuel Valls inaugure le musée-mémorial de Rivesaltes, à côté de Perpignan. Un camp où ont transité pendant des décennies, Espagnols, Juifs, Tziganes, puis Indochinois, Africains et Harkis. Un lieu de mémoire pour tous les autres camps de France.

Ce n'est pas une des périodes les plus glorieuses de notre histoire. Celle où, en «zone libre», on parquait dans des conditions innommables, les réfugiés, qu'ils soient juifs, espagnols ou plus généralement «indésirables». Avant, bien souvent, de les livrer à la machine d'extermination nazie.

Manuel Valls va donc remuer la mémoire là où cela fait encore mal, en inaugurant le mémorial du camp de Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, à côté de Perpignan.

Pour le «chasseur de nazi» Serge Klarsfled, Rivesaltes, c'était «le Drancy du Sud ». Un ancien camp militaire, s'étalant sur 400 hectares, où ont défilé presque toutes les souffrances du XXe siècle. «C'est un cas exceptionnel en Europe, rappelle la directrice du mémorial, Agnès Sajaloli. On y retrouve les victimes de trois guerres : la guerre civile espagnole, la Deuxième Guerre mondiale, et enfin, la guerre coloniale.»

C'est à partir de 1941 que cet ancien camp militaire commence à recevoir des réfugiés espagnols, fuyant la dictature de Franco. On va ensuite y regrouper les juifs arrêtés en zone libre. En août 1942, neuf convois ferroviaires enverront 2 313 juifs de Rivesaltes à Drancy, puis à Auschwitz où ils seront exterminés. En 1942, le camp ferme. Mais il reprendra du service juste après la guerre : il va cette fois recevoir les prisonniers de guerre de l'Axe, et les collaborateurs.

Par la suite, on y hébergera, au gré des guerres coloniales, les tirailleurs guinéens, les soldats malgaches, les Indochinois fidèles à la France après Dien Bien Phu. Paradoxe cruel de l'histoire, au début de la guerre d'Algérie, on enferme à Rivesaltes les prisonniers du FNL, et à la fin, on y entassera les Harkis. Les derniers ont quitté le camp en 1977 !

Rivesaltes était le plus vaste camp de France et ce mémorial voudra aussi résumer l'existence et la mémoire de tous ces lieux d'enfermement qui ont fleuri en France en ces périodes sombres. Et ils sont très nombreux dans le Grand Sud. Non loin de Rivesaltes, Argelès a «retenu» dans des conditions épouvantables, des milliers d'Espagnols fuyant le Franquisme, évoqué par le poète Serge Pey dans son livre «La Sardane d'Argelès». D'autres camps, à Agde, dans l'Hérault, à Gurs dans les Basses-Pyrénées, au Vernet en Ariège, à Septfonds dans le Tarn-et-Garonne, Le Fauga, Noé en Haute-Garonne, ou encore à côté de Toulouse, le Récébédou : à ce propos, le mois prochain sortira sur les écrans le film de Francis Fourcou, Laurette 1942, d'après le livre de Laurette Alexis-Monet, bénévole de la Cimade.

Au milieu des anciens baraquements du camp à moitié détruits, Manuel Valls découvrira aujourd'hui le mémorial, un immense bâtiment imaginé par l'architecte du MUSEM, Rudy Ricciotti. Un parallélépipède de béton, enterré sur l'Îlot J, du camp pour garder à cet endroit cette impression écrasante d'une morne plaine.

«Nous voulons faire du mémorial un lieu de recherche, explique Agnès Sajaloli. Rappeler les engagements qui ont été ceux des associations qui ont œuvré sur place. Et transmettre la mémoire de ces engagements.»

Un mémorial pour trois questions. Qui étaient les réfugiés hier ? Qui sont-ils aujourd'hui ? Qui seront-ils demain ?

D. D.

Tag(s) : #Guerres, #Je suis Charlie, #Salies du Salat

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