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Les maires en pleine perte de foi

Lu sur le site http://saintecroixinfo.over-blog.com/

De plus en plus, les maires jettent l’éponge avant la fin de leur mandat. Baisse globale des dotations de l’État, suppression de la taxe d’habitation, perte d’estime de soi du fait de l’influence grandissante des intercommunalités : la fonction connaît une véritable crise identitaire alors que les élections municipales se profilent en 2020…


Le phénomène porte désormais un nom : « le blues des maires ». Depuis plusieurs mois, un malaise grandit dans le cœur de nos communes. Petit à petit, les élus municipaux perdent foi en leur mission, celle de représenter et de veiller sur leurs villages.

On parle bien ici de villages, car dans la plupart des cas, ce sont des maires de petites communes, rarement plus de quelques centaines d’habitants, qui choisissent de démissionner en cours de mandat. Les raisons de ce désamour sont multiples et viennent de tous les côtés : finances en berne, sentiment d’abandon, d’inutilité, alors qu’ils restent très sollicités, mais souvent pour rien. La détresse est profonde.

Trop d’« interco »

L’Occitanie, terre rurale par excellence autour de ses deux grandes agglomérations, est la première touchée. D’après l’Association des maires de France (AMF), un maire démissionnaire sur cinq en France est un élu d’Occitanie – 198 sur les 1 021 recensés depuis 2014. Ici, peut-être plus qu’ailleurs, la loi NOTRe de 2015 a fait mal à la noblesse de la profession en augmentant la taille et l’importance des intercommunalités par rapport aux petites communes. Englués dans des réunions où plusieurs dizaines de maires sont concernées, les édiles ont de moins en moins le sentiment d’avoir une voix qui compte. Souvent, certains n’osent d’ailleurs même pas prendre la parole lors de ces réunions, de peur d’être moqués.

Pénurie en 2020 ?

Ainsi, la crainte est grande dans les villages, parmi les maires encore en place, de ne pas voir de candidat se présenter lors des prochaines élections municipales de 2020. Certaines prédictions avancent déjà que la moitié des maires ne se représenteront pas pour briguer un nouveau mandat… Un chiffre qui ne prend même pas en compte la loi sur le non-cumul des mandats !

Le risque : voir des petites communes dans lesquelles aucun candidat ne se présenterait. Dans de tels cas de figure, c’est la préfecture qui prend le relais, mais à terme, c’est bel et bien la disparition de la municipalité en question qui se profilerait, condamnée à devenir le quartier d’une autre commune.

Mais ce serait négliger l’importance des maires que de ne pas voir plus loin : impliqués, les maires font souvent bénévolement le travail de milliers d’employés municipaux qui seraient à la charge directe de l’État en leur absence. Un chemin à débroussailler, un talus à consolider, une clôture à réparer… Une étude a estimé à plus de 86 000 le nombre d’équivalents temps plein qu’il faudrait embaucher pour compenser une moyenne basse de cinq heures par semaine d’engagement de nos maires. Le prestige de l’écharpe bleu blanc rouge ne suffit plus aujourd’hui pour justifier de tels sacrifices de la part de nos « petits » élus, grands par leur contribution.

L.S.

témoignages


Un sentiment d’échec, une forme de lassitude, parfois même un traumatisme, ce sont toutes ces choses mélangées et bien d’autres encore qui envahissent le cœur des maires qui décident, par la force des choses, d’abandonner leur fonction d’élu en cours de mandat.

« J’ai 77 ans, je n’ai plus l’âge de parcourir la campagne tard le soir pour participer à des réunions où j’ai la sensation de ne pas réellement être utile, que ma voix importe peu. » Jusqu’à décembre dernier, Claude Almayrac était la maire de Montauriol, petite commune audoise de 88 habitants située à quelques encablures de Castelnaudary, « mais du mauvais côté de l’A61 », plaisante à peine l’ancien édile.

Désormais tournée vers d’autres activités, même si elle a gardé un pied au conseil municipal, la septuagénaire pose un œil critique mais sans rancune de son passage en tant que maire : « Je ne veux pas cracher dans la soupe. J’ai été très heureuse d’être maire. Je l’ai été pendant six ans et demi, après avoir remplacé l’ancienne maire qui s’est elle aussi arrêtée en cours de mandat. Quand les élections sont venues en 2014, je n’ai pas voulu me présenter. Je sentais déjà que la tâche deviendrait de plus en plus pénible à remplir, mais on m’a fortement encouragée à continuer. J’ai fini par accepter, mais en faisant promettre à mon premier adjoint qu’à l’instant où je voudrais arrêter en cours de mandat, il accepterait que je lui passe la main. »

« L’impression d’être assistante sociale »

Quelques petits problèmes de santé plus tard, la décision était prise : « Il était temps que je fasse d’autres choses tant que mon corps me le permettait. »

Pour sa petite commune, son activité de maire l’obligeait à être présente deux matinées par semaine à la mairie, mais son implication était loin de s’arrêter là. Quelque part, il y a une taille intermédiaire de commune où être maire demande une disponibilité de tous les instants. « On a parfois l’impression d’être assistante sociale », confie l’ancienne élue qui se remémore les conflits de voisinage qui peuvent aller très loin, ou encore les appels au milieu de la nuit pour des vaches qui traînent sur la route.

« Avant, nous étions davantage de membres au conseil municipal, mais ça aussi, ça a été réduit. Donc aujourd’hui, on doit se coltiner vraiment tout le travail. Pour une petite commune comme la nôtre, ça peut encore suffire, mais quand on passe à quelques centaines d’habitants, c’est vraiment un travail à plein temps. C’est complètement incompatible avec une activité professionnelle. »

C’est ce qu’a pu constater cet ancien maire lotois, qui a souhaité garder l’anonymat, trop heurté par le fait d’avoir dû abandonner son poste. En 2014, la cinquantaine passée, il s’était lancé dans l’aventure et était parvenu à devenir maire de sa commune de près de 350 habitants. Mais après quelques années à courir plusieurs lièvres à la fois, entre ses obligations professionnelles et ses engagements d’élus, il a fini par céder son écharpe, la mort dans l’âme : « C’est un véritable sentiment d’échec pour moi, concède-t-il, la gorge encore nouée. Je le vis très mal, parce qu’être élu, ça veut dire quelque chose, mais ça ne pouvait plus durer… »

Complexité grandissante

Face à l’ampleur de la tâche, il s’est bien souvent senti trop seul. Et même s’il existe des formations pour aider les maires à appréhender les responsabilités auxquelles ils doivent faire face, cet accompagnement lui a paru trop modeste par rapport à la complexité grandissante de l’administration. « Pourtant, l’accompagnement et le soutien technique, notamment à distance, se sont beaucoup améliorés », note Jean-Louis Puisségur, président des maires de Haute-Garonne et vice-président national de la ruralité.

En tant que relais direct de ces édiles, il tempère le phénomène de « blues des maires ». « Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait beaucoup plus de démissions que par le passé, en tout cas dans mon département », constate-t-il, mais il a noté de nombreuses nouvelles difficultés auxquelles ses confrères doivent aujourd’hui faire face : « Les baisses importantes des dotations de l’État, une législation qui évolue très vite – trop vite – pour les petites communes, une réforme territoriale qui rend les petites communes sous-représentées, la déprime rurale illustrée par des maisons qui se vident, les habitants qui restent mais qui deviennent de plus en plus exigeants avec leurs élus locaux… »

La liste est longue, et le sentiment de ne plus avoir toutes les cartes en main pèse lourd au moment du bilan. « C’est une fonction qu’on ne peut pas occuper si on n’aime pas ses concitoyens », détaille Jean-Louis Puisségur. Mais ce décalage entre les exigences des électeurs et ce sur quoi peuvent réellement influer les maires des petites communes aujourd’hui crée des tensions.

« C’est devenu fatigant… »

« Avant, quand notre communauté de communes était plus restreinte, nous avions un fonctionnement beaucoup plus sympa, se souvient Claude Almayrac. Mais depuis l’élargissement, nous nous sommes perdus… Avant, j’avais l’impression de m’occuper de mon village, mais c’est moins vrai aujourd’hui. Il y a parfois jusqu’à trois réunions par semaine au niveau de l’intercommunalité, ça nous prend plus de temps qu’à l’époque où nous gérions nous-mêmes ce genre de questions. C’est devenu fatigant. »

Et à force de se fatiguer, ils sont de plus en plus nombreux à céder.

LUCAS SERDIC

La dépêche du Midi

Quand on s’occupe d’une commune de quelques centaines d’habitants, c’est vraiment une activité à temps plein, incompatible avec une activité professionnelle

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