Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Comment faut'il parler des attentats aux enfants?

Ce n'est pas une réponse que vous aurez. Chacun trouvera la sienne.

Ce sera plutôt des témoignages, les miens...

Comme je vous l'ai déjà dit, mes parents étaient des émigrés italiens qui avaient fui le fascisme. Je suis née bien après... en 52

En France.

Je parlais un mélange d'italien, de patois et de français. je n'étais pas la seule... les Zanon, Bottan, Zoca, Antoniarelli, etc... devaient constituer la moitié des effectifs de l'école.

Comment parler de la Guerre aux enfants.

De mes cours préparatoires et élémentaires, il me reste le souvenir du monument aux Morts. Chaque 11 novembre, les enfants de l'école se rendaient au monument aux Morts. Italiens, espagnols, portugais, polonais ou français, tous nous nous retrouvions devant le monument aux Morts de la guerre de 14. Autant dire que pour nous, qui avions 5, 8 ou 9 ans, c'était là une guerre complètement imaginaire (pas de télés pour visionner des archives.. encore moins d'internet...) , une guerre lointaine qui aurait très bien pu se situer en même temps que la guerre de Cent Ans ou des guerres napoléoniennes.

Je ne peux pas dire que j'ai compris la guerre devant ce monument aux Morts. Je savais qu'il fallait y aller, emmener des fleurs, faire une minute de silence et écouter l'énoncé des Morts. Des veuves en noir pleuraient. Mais nous n'étions que des enfants. Insouciants.

Nous nous tenions devant ce monument. Il aurait été inimaginable de ne pas assister à ces commémorations. Alors, voyez, près de 60 ans plus tard, je me revois toujours debout avec mes camarades, lisant les noms écrits dans la pierre. Des noms français de familles que je ne connaissais pas mais qui étaient Morts pour la France.

Comme sont morts les journalistes de Charlie Hebdo, comme sont morts les spectateurs du Bataclan, les clients des bars et restos en ce triste 13 novembre.

Peut-être qu'un jour dans nos villages on dressera un monument pour ces morts là, car ce n'étaient pas des soldats, mais ils sont morts au nom de la liberté.

Comment faut'il parler des attentats aux enfants?

Plus tard, il y a eu la guerre d'Algérie.

J'étais pensionnaire dans un lycée de Toulouse. Mon beau-frère, comme tous les jeunes de cette classe-là, avait été mobilisé. Je me souviens juste qu'il ne fallait pas dire à ma sœur, enceinte, qu'il avait été blessé là-bas. Nous n'avions toujours pas la télé, juste la radio et les journaux.

Plus tard, en 3ème au lycée, j'avais 12 ans... j'étais toujours pensionnaire, et la prof d'histoire nous annonçât que l'on aurait une séance de cinéma. Euphorie parmi les pensionnaires! le cinéma ne faisait pas partie de nos divertissements.

Je me souviens de la salle de classe ou les stores avaient été tirés, un grand écran blanc descendu et ou nous avions dû, horrifiés, regarder Nuit et Brouillard. Un cauchemar qui a hanté mes nuits dans les dortoirs. Ce film documentaire ne durait que 32 minutes. J'en ai gardé le souvenir comme s'il avait duré toute une après-midi.

Comment on explique la guerre aux enfants, car nous n'étions que des enfants...

Comment faut'il parler des attentats aux enfants?

Encore plus tard, arrivée dans le Comminges, Marsoulas. Mais tout cela je vous l'ai déjà expliqué.

Mes enfants, dès 4 ans, ont assisté chaque année à la commémoration du massacre de Marsoulas du 10 juin 44. Eux aussi devaient regarder ce grand monument blanc, les fleurs, les gens qui se pressent. A la différence de mon enfance, eux, entendaient les noms, prénoms mais aussi les âges des enfants qui étaient morts, des enfants de leur âge, plus jeunes ou à peine plus vieux.

Qui étaient'ils? des soldats? non... des gens du village comme les parisiens victimes des terroristes... Kalachnikov ou Kar allemande? quelle différence? guerre déclarée ou guerre froide? tous sont morts au nom de la Liberté.

Alors apprendre les attentats aux enfants? que la Guerre existe, ici et maintenant?

Ben peut-être qu'il faudrait juste les emmener de temps en temps sur ces monuments, même s'ils ne comprennent pas tout, juste pour savoir que ça existe, que tuer des soldats ou des terroristes sur "Assasin's Creed"  ou autres vidéos de jeux de guerre, c'est pas forcément suffisant, que c'est pas ça la réalité.

Enfin bon...

Chacun fera ce qu'il voudra.

Mes parents ne m'ont pas fait de leçons d'explications de la Guerre ou des attentats... Il faut bien grandir un jour.

 

Les photos sont de Xavier Wattez , prises à Toulouse

le 14 novembre 2015

Tag(s) : #Je suis Charlie

Tag(s) : #Je suis Charlie, #Paris, #guerres, #terrorisme

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :