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Ariège : Un dossier des échos qui ne fait pas l'unanimité
Ariège : Un dossier des échos qui ne fait pas l'unanimité

Les NIOUZES de SANTA CRUZ

Les NIOUZES de SANTA CRUZ

Informations locales Ste Croix Volvestre et Ariège

Pierre Mérimée pour Les Echos Week-end

Un dossier du quotidien Les Échos, intitulé «L'Ariège : l'anti-start-up nation» suscite beaucoup de réactions dans le monde économique et politique ariégeois, qui y voit une «caricature».

«Le paradis pyrénéen des randonneurs est l'enfer des entrepreneurs macronistes.» C'est la phrase d'accroche d'un journaliste . Dans cet article très fouillé, le quotidien économique de référence français décrit ainsi l'Ariège : «Avec ses deux députés France Insoumise, ses nombreuses communautés alternatives perchées dans les montagnes et malgré 12 % de chômage, ce département rejette le développement économique au nom du bien vivre.» Notre département serait même carrément «l'anti start-up nation», à l'opposé donc du concept phare du macronisme voulant que la France devienne un pays tourné vers l'innovation.

Anticapitalisme ariégeois
Largement partagé sur les réseaux sociaux ariégeois, cet article n'en finit pas de faire réagir dans le monde politique et économique local. Ce qui aurait pu passer à Paris pour un sursaut d'orgueil de montagnard est devenu un réel débat de fond sur l'avenir de l'économie ariégeoise. L'Ariège anticapitaliste décrite dans Les Échos est une réalité. Le département est par exemple en pointe sur la construction d'un modèle agricole durable, qui se veut libéré du glyphosate. Une lutte favorisée par l'arrivée massive de néoruraux. Des communautés alternatives prospèrent en montagne. L'économie sociale et solidaire est d'ailleurs fortement développée : 5 000 emplois en Ariège.

Cet esprit contestataire est inscrit dans l'ADN local depuis les années 1970, mais ne résume pas à lui seul le territoire. L'Ariège a-t-elle vraiment un problème avec le développement économique ? «C'est une caricature. L'article ne reflète pas la réalité de certaines dynamiques économiques à l'œuvre ni les atouts objectifs du territoire pour poursuivre son développement», affirme Paul-Louis Maurat, président de la CCI. «On est aux côtés de nombreux porteurs de projets et on ne les sent pas du tout entravés par leur localisation en Ariège.»

L'ARIÈGE POLITIQUE dit NON à la caricature


Communication à revoir ?
Il cite les secteurs au fort dynamisme que sont notamment la sous-traitance aéronautique et la chimie.«Je rappelle que 1 400 entreprises ont été créées en 2018 en Ariège, en hausse de 15,5 % par rapport à 2017. Ce taux est même légèrement supérieur à celui de la région Occitanie (15,2 %)», ajoute Didier Kuss, directeur d'Agence Ariège Attractivité (3A), chargée de promouvoir le territoire auprès des investisseurs. Cinq équivalents temps plein sont dédiés à cette tâche. M. Kuss rappelle l'existence d'une pépinière d'entreprises dédiée à la «Silver economy» à l'Ehpad Bellissen de Foix. Comment expliquer alors que ce journal de référence ait cette vision de l'Ariège ? La communication économique ariégeoise est-elle en cause ? «Cela pose question. Notre stratégie ne cible pas les médias parisiens, reconnaît Didier Kuss. On n'en a pas forcément les capacités financières. On travaille beaucoup sur les relations entre entreprises (B2B), mais si on veut changer l'image de l'Ariège et la rendre plus attractive, il faut travailler aussi sur le côté grand public.» Suite à cet épisode, 3A envisage d'inviter en Ariège des journalistes économiques pour leur faire découvrir les fleurons du département et «montrer qu'on n'est pas tous des rétrogrades».

Le contre-exemple : un fab lab en pleine montagne à Oust
Le relatif isolement des Pyrénées ariégeoises est-il forcément un frein à l'innovation ? L'initiative originale du fab lab d'Oust est éloquente sur ce point. Ce laboratoire de fabrication, baptisé Le Lab Place, a été fondé en septembre 2017 dans ce petit village de 540 habitants en plein cœur du Couserans. «Le Couserans morfle dans cet article. Pourtant, nous vivons bien. Nous ne sommes pas passéistes, mais bien connectés aux nouvelles technologies», explique Carine Obin, membre-fondateur. Le Lab Place dispose, en effet, d'outils dernier cri, notamment deux fraiseuses à commande numérique, un découpeur graveur laser et trois imprimantes 3D.

Il fourmille de projets pour initier la population à l'innovation numérique à l'aide d'outils modernes. En janvier, une dizaine d'artisans ont ainsi été formés au pilotage de drone pour moderniser leur activité via le Lab Place. «Des conventions vont être passées avec l'Education nationale et Pôle emploi pour rapprocher ces publics des dernières innovations numériques», ajoute-t-elle. Par ailleurs, des ateliers hors les murs sont en train d'être montés pour diffuser la culture numérique sur l'ensemble du territoire.

Quand les politiques s'en mêlent
Jérôme Azéma, référent LREM en Ariège : «Quand j'ai lu l'article, j'ai eu envie d'en pleurer de rage et de honte. C'est une image complètement fausse, alimentée par des postures politiques. Il faut que les Ariégeois se lèvent et montrent qu'il est possible de concilier qualité de vie et développement économique. On a construit un mur infranchissable ces dernières années entre ces notions. Mais nous avons des capacités en Ariège. Tout reste à faire. Je veux envoyer un message d'optimisme. Quand il y a du volontarisme, ça fonctionne.»

Henri Nayrou, président PS du Département : «Je n'ai pas pour habitude de lire des caricatures ! J'ai lu le chapeau de l'article, j'ai très vite compris qu'il s'agissait d'un papier caricatural de l'Ariège et j'ai refermé le magazine. À jamais. Je ne souhaite pas en dire plus car, journaliste moi-même, je respecte les écrits des autres. Quand l'un de mes papiers déplaisait à un acteur ou à un lecteur, j'acceptais d'être jugé, puisque j'avais jugé moi-même.»

Contactés, les deux députés France Insoumise, occupés à l'Assemblée, n'étaient pas en mesure de réagir, mardi 26 mars. 

 
Dossier réalisé par Clément Gassy

Le dossier publié dans Les Échos ce week-end intitulé « L'Ariège : l'anti-start-up nation » a suscité de vives émotions auprès des Ariégeois, qui y ont vu une caricature de leur département. Un portrait du département qui n'a pas manqué de faire réagir les lecteurs de La Dépêche du Midi.

Ce week-end, le quotidien économique Les Échos a publié un dossier pour le moins clivant. De la phrase d'accroche à la conclusion du dossier, le paysage économique ariégeois en a pris pour son grade. Le côté « anticapitaliste » du département est mis en exergue, le journal économique prenant pour argument les deux députés France Insoumise du département et ses nombreuses communautés alternatives. De nombreux acteurs politiques et économiques locaux ont réagi à ce sujet ce matin, en rappelant le dynamisme des secteurs de la sous-traitance aéronautique et de la chimie dans le département ainsi que l'existence d'une pépinière d'entreprises dédiées à la «Silver Economy».
Nos lecteurs ont également leur avis sur le sujet.

L'éternel clivage entre Parisiens et provinciaux
Une bonne partie de nos lecteurs était tout simplement indignée par le portrait dressé par le journal parisien, critiquant le centralisme et le dédain des Franciliens à l'égard des provinciaux. «Les Parisiens se prennent pour le centre du monde.» commente Sy Giry. Jérôme Esteban défend l'Ariège en louant les idéaux et la beauté du département : « "la presse parisienne", viens un peu visiter , tu pourras constater sur place sa beauté, sa modernité, ses néo-ruraux visionnaires d'un monde meilleur dont vous feriez bien de vous inspirer ». Orzoudouki, lui, trouve cette critique gratuite et mal placée : « Qu'est-ce qu'ils viennent nous agresser avec leurs avis dont se fichent la plupart des Ariégeois ? Est-ce que nous critiquons leur triste vie chère et enfumée ?». Entrepreneur82 préfère souligner à quel point il est agréable de faire affaire avec des entreprises ariégeoises : « Travailler avec des entreprises ariègeoise est un vrai bonheur, ils ont encore un sens "humain" dans les relations et le contact. Bien sur les Parisiens ne connaissent plus cela et font des caricatures pour compenser leur malheur ». Thierry Foch, lui, se demande si les médias de la capitale n'ont pas des affaires plus urgentes à traiter : « Ils ont pas un article à faire sur les pains au chocolat ? », s'exprime-t-il.

D'accord... ou presque
Mais nombreux étaient également les lecteurs à être d'accord, du moins en partie, avec le portrait dressé par le quotidien économique. Marie-Hélène Ricque, par exemple, regrette que le département vive dans le passé « Le plus important ici c'est de ne pas être dérangé, on a peur du trop, trop de pollution trop de touristes. Mais on a trop de pauvreté trop peu d'emploi. Surtout ne pas faire du développement comme les riches voisins capitalistes andorrans. L'important c'est de résister. C'est une merveilleuse carte postale d'autrefois ». Shezthewitch trouve, elle, de nombreux arguments allant dans le sens de l'analyse des Échos : « Parler de taux de chômage n’a pas vraiment de sens dans un département dont les jeunes se sont toujours massivement expatriés pour trouver les emplois qui n’existaient pas sur place. Sans parler de l’importance des transferts sociaux dans l’économie locale, RSA et retraites inclus, qui font eux aussi mentir les statistiques ». Pour Marcus, les problèmes soulevés par ce dossier sont profondément ancrés dans l'histoire de la région : « L'ADN de l'Ariège c'est le socialisme sectaire et inconditionnel qui n'a pas su assurer le maintien des entreprises et qui ne sait toujours pas assurer le développement économique». Blc0812 préfère critiquer l'écosystème entreprenarial du département : « Les TPE qui se montent ne sont pas de véritables entreprises qui emploient des gens mais des entreprises individuelles qui ferment au bout d'un an ». Citoyenne, elle, critique acerbement ce qu'elle juge comme de l'hypocrisie : « Ah l'Ariège cette championne des subventions européennes transfrontalières... Qui crache dans la soupe qui la nourrit ! »

Elle est pas belle mon Ariège ?
Heureusement, de nombreux internautes calment le jeu en relativisant par rapport à la situation. Thomas Robert par exemple, préfère voir le verre à moitié plein : « L'article dit clairement que l'Ariège place le bien-vivre des habitants au-dessus du capitalisme et du développement économique (au profit d'une économie sociale et solidaire). Pourquoi prenez-vous la mouche ? C'est plutôt un exemple à suivre au contraire ». Joy Masson rassure les autres lecteurs, en rappelant que tout peut porter à critique : « Ne vous inquiétez pas les Ariégeois, Les Échos et Paris caricaturent toutes les régions ! Ceci dit, toutes les régions se caricaturent entre-elles : insultes, moqueries, dénigrement, préjugés...». Bruka09 salue les bienfaits géographiques qu'a pu amener ce dossier : « Les Parisiens sauront situer l'Ariège dorénavant ». OustaletdeLacassagne fait les louanges de son lieu de repos favoris : « Des truites fario, des sangliers, des cèpes, de jolies pistes de ski et ça me va... Le bazar de [...] Paris ne manque pas quand je descends me ressourcer ». Et 10doux termine, lui, sur une note d'humour : « "l'enfer des entrepreneurs macronistes." C'est plutôt bon signe, non? ».

Le dossier des Échos divise mais fera sans nul doute couler encore beaucoup d'encre.

Le paradis pyrénéen des randonneurs est l'enfer des entrepreneurs macronistes. Avec ses deux députés La France insoumise, ses communautés alternatives perchées dans les montagnes, et malgré 12% de chômage, ce département rejette le développement économique au nom du bien vivre. Une enquête sociologique.
Si la voix de l'Elysée a du mal à porter jusqu'en Ariège, ce n'est pas à cause des quelque 800 km qui séparent Foix, sa préfecture, de Paris. C'est plutôt la doxa sociale libérale d'Emmanuel Macron qui passe mal dans la partie la plus sauvage et certainement la plus belle des Pyrénées. Ici, le ruissellement et les premiers de cordées chers au président de la République évoquent les sources, les rivières et les randonnées en montagne, rien d'autre. Quant à la start-up nation, elle n'a aucun sens : la fibre commence à peine à être installée dans le département. Le discours volontariste présidentiel n'y est pas seulement inaudible, il est même à l'opposé de l'esprit ariégeois. L'Ariège, sobre et rurale, c'est tout simplement l'anti-start-up nation.

Aux deux-tiers montagnard, le petit département de 150 000 habitants, terre d'élection des ours et des loups au sud, dans les hauteurs du Couserans ; bastion industriel de l'aéronautique au nord, dans la plaine d'Ariège, a été socialiste pendant plus de cent ans, depuis la IIIe République. « Et pas socialiste rose pâle : ici, nous sommes d'un rose vif franc et courageux », précise Alain Duran, l'unique sénateur (PS) qui se situe lui-même « à gauche de la gauche ». En 2017, le département rompt brutalement avec cette tradition : Jean-Luc Mélenchon y réalise son meilleur score au premier tour de l'élection présidentielle, avec plus de 26% des voix - six points devant Emmanuel Macron -, 18,5 points devant Benoît Hamon qui culmine à... 7 300 voix. Un mois plus tard, aux législatives, les deux circonscriptions ariégeoises choisissent de nouveau La France insoumise, faisant de l'Ariège le seul département 100% LFI. « L'Ariège a fait le choix du dégagisme humaniste, s'enorgueillit Michel Larive, le député de la deuxième circonscription, à l'ouest. Nous construisons ici une société qui n'est pas fondée sur la consommation. Comment cela serait-il possible : plus on monte dans les montagnes, moins il y a de magasins... »

BORDALLO, TRIGANO, DEUX VISIONS
Ce jour-là, installé dans la minuscule mairie de Loubaut, 31 habitants, le quinquagénaire est venu faire la connaissance du maire du village, Ramon Bordallo, un libertaire qui s'est battu devant le tribunal administratif pour éteindre la nuit les deux lampadaires de sa commune et a barricadé le compteur électrique de la mairie pour empêcher l'installation de Linky. Les deux hommes s'entendent bien, mais le député ne convainc pas : « La France insoumise est trop productiviste, soupire Ramon Bordallo, je crois en la résilience par la solidarité humaine, pas à la croissance ni à la surexploitation des mers et des terres. » Pourtant, le département vit mal, avec 18,5% de sa population sous le seuil de pauvreté, selon l'Insee. Ne faudrait-il pas créer de l'emploi, attirer des cadres, des entreprises ? « Vous avez envie d'être riche, vous ? » demande Michel Larive à Ramon Bordallo. L'autre rigole franchement. La mairie, située sur une butte face aux Pyrénées enneigées, offre un panorama spectaculaire. Aux alentours, des vallons, des arbres, quelques maisons tranquilles. Le silence total est brisé par ce seul rire.

À 40 km de là, il y a leur exact opposé, André Trigano, maire de Pamiers, la plus grosse ville du département, 16 000 habitants, 35 000 si l'on compte l'aire urbaine. Frère de Gilbert (Club Med), oncle de Serge (Mama Shelter), fondateur de Campeole (Campings), c'est un entrepreneur, un capitaliste fier de l'être. Ils ne sont pas nombreux dans le département, mais il a réussi à en fédérer bon nombre sur son territoire, de loin le plus dynamique du coin. À 93 ans, le jeune homme en costume trois-pièces affiche « 75 ans de vie professionnelle et 49 ans de vie publique ». Il prévient qu'il ne se représentera pas aux prochaines municipales... « Sauf s'il faut barrer la route au Rassemblement national. » André Trigano a d'abord été élu maire de Mazères en 1971. La petite ville, au nord du département et au sud de Toulouse, n'a alors plus un seul emploi salarié : il ne reste plus que des fonctionnaires et quelques artisans. Tout le reste a disparu, les habitants partent en continu s'installer ailleurs.

Trigano se fait élire sur une seule promesse : créer 100 emplois salariés. Il va en créer 200 dès son premier mandat, en attirant Ruggieri, l'entreprise marseillaise de feux d'artifice et d'explosifs qui cherche une usine plus grande et a besoin d'un site Seveso gigantesque en raison des dangers d'explosion - l'usine explosera d'ailleurs en partie en 1993, sans faire de victime car c'était un dimanche. « Vingt ans plus tard, j'étais toujours maire, j'avais créé 700 emplois salariés et Mazères comptait 7 000 habitants, contre 1 800 au départ. »

André Trigano prend goût à la politique. Il est élu député, siège au conseil départemental, à la Région, finit par être élu à Pamiers : « J'y ai créé 5 700 emplois, attiré 220 entreprises, toujours avec la même méthode : des entreprises diversifiées, un bon équipement, des permis de construire rapides, une aide efficace pour monter les dossiers, un financement grâce à nos relations. » Mais Trigano, paisiblement positionné au centre droit, se sent bien isolé au milieu des socialistes ariégeois qui le décrivent comme un libéral endurci. Il sourit avec une bienveillance très bien jouée et assène, faussement désolé : « Ils ne connaissent rien à l'entreprise, les pauvres. Ce sont des fonctionnaires, vous savez. »

Le fait est que d'entreprise privée, de carrière, on ne parle pas beaucoup ici. L'enrichissement personnel, la réussite professionnelle, tout cela est beaucoup moins valorisé que l'épanouissement de l'humain et l'harmonie avec la nature - le parc naturel couvre 40% de la superficie du département. « Ici, on préfère la qualité de vie au stress des transports en commun bondés, on mange sainement, on respire un air pur », assure Bénédicte Taurine, députée de la première circonscription du département. C'est vrai, la qualité de l'air ariégeois est l'une des meilleures de France et sa densité l'une des plus faibles, avec 31 habitants au kilomètre carré, contre 21 000 à Paris, soit 700 fois plus. Bénédicte Taurine, elle-même, n'avait pas du tout prévu de faire carrière. La syndicaliste de toujours était persuadée de n'avoir aucune chance d'être élue quand, toute jeune quadra, elle a accepté en 2017 d'être tête de liste de La France insoumise... Pour elle, l'entreprise s'apparente plus à un risque qu'à une promesse. Elle a vécu au sortir de l'adolescence la catastrophe de l'arrêt de l'usine Pechiney (1 000 emplois supprimés à Tarascon, qui comptait alors 8 000 habitants) et la disparition progressive de l'industrie textile qui faisait vivre Lavelanet, en pays cathare. Alors le privé et ses incertitudes, elle ne leur fait pas confiance : « Je crois qu'il faut de nouvelles activités, mais pas forcément une industrie de masse. »

LE PUBLIC ET L'ASSOCIATIF AVANT TOUT
Cette idée - ignorante de toute réalité économique-  que le salut ne viendra pas du privé, mais du public et de l'associatif, est partagée par la plupart des cadres politiques locaux. Norbert Meler, maire de Foix, élevé dans un milieu libertaire par des parents anarchistes, donne priorité à la réparation des inégalités du système plutôt qu'au développement économique. Dans une ville où le taux de pauvreté est élevé - 30% des élèves paient la cantine 1,30 euro (soit une réduction de 50%, sous conditions de ressources) -, il mise sur la cohésion sociale par le sport : piscine dernière génération, vélodrome rénové en 2017, stade d'athlétisme, dojo, aires multisports, boulodrome, aire de skate, terrains de volley, espaces de streetball, stade d'eaux vives... Pour une ville de moins de 10 000 habitants. « Nous concentrons l'offre sportive pour tous les environs, défend Norbert Meler. Et puis c'est ainsi que nous pouvons identifier les enfants les plus démunis et les aider. Très peu passent entre les mailles du filet, nous avons un système associatif très performant. »

Le tourisme, lui, a été un peu négligé. Pourtant, la petite cité est une merveille médiévale, avec des rues entières conservées quasiment intactes depuis l'époque du puissant comté de Foix. Elle est surplombée par un spectaculaire château fort millénaire, orné de deux tours quadrangulaires et d'une tour ronde entourés par une enceinte fortifiée. On le visitait naguère en moins d'une heure. Des travaux pour revaloriser l'endroit se termineront en juin, moyennant quoi « les touristes pourront désormais rester une bonne demi-journée sur les lieux. Nous espérons passer de 80 000 visiteurs par an à 120 000 », assure le maire.

SOLIDARITÉ ET VASTE PLAN FIBRE
À l'hôtel du département, peu après la mairie, le discours est tout aussi ferme quand il s'agit de solidarité et tout aussi étrangement indifférent au développement économique. Henri Nayrou, le président du conseil général, issu d'une grande famille de cadres socialistes locaux, fait partie des 13 présidents de département prêts à expérimenter le revenu universel : « J'avais proposé revenu décent, c'était plus parlant. » Le projet a été bloqué par le Parlement à la fin du mois de janvier. Engagé en politique depuis des décennies, il sait de quoi il parle en matière de solidarité : le département y consacre 67% de son budget, soit 116 millions d'euros. Une bonne partie de l'enveloppe va au RSA, passé de 19 millions en 2006 à 37 millions en 2017. L'Etat ne compense pas tout, contrairement aux promesses faites. Malgré des finances très serrées, un plan colossal a tout de même été lancé pour installer la fibre partout d'ici à 2025 et désenclaver ceux qui vivent dans les coins les plus reculés. En revanche, aucune réflexion n'a véritablement été menée pour identifier les entreprises qui pourraient venir s'installer grâce à la fibre. « On a mis le terreau, tranche Henri Nayrou, ce n'est pas notre rôle de faire du business. »

Un état d'esprit qui s'exprime de manière encore plus radicale dans les montagnes du Couserans, au sud du département. La nature y est sauvage, les montagnes s'y élèvent jusqu'à 3 000 m. C'est là qu'ont été relâchés les ours slovènes, qui seraient environ 50 aujourd'hui, que des loups ont été aperçus cet hiver. Là que les derniers bergers luttent pour le pastoralisme malgré la présence des deux espèces de prédateurs qui égorgent des dizaines de brebis chaque année. Là encore que se sont fixées des populations qui ont choisi de vivre autrement, dans des yourtes, des cabanes, des granges retapées. Discrets, voire invisibles, il est difficile de les trouver si l'on ne sait pas exactement où les chercher. Ils veulent rester « les pieds dans l'herbe », « à l'air libre », « hors les cadres », « sans pollution, ni sonore ni visuelle », comme ils le disent au hasard des rencontres, toujours sous couvert d'anonymat. Le confort est assuré par des panneaux solaires, des branchements sur des sources, un poêle à bois. On trouve ici le plus grand nombre d'enfants non scolarisés - 300 en Ariège au total -, et les trois seules écoles hors contrat du département. Dans des épiceries solidaires, ouvertes 24h/24, on prend ce dont on a besoin et on place soi-même l'argent dans la caisse.

Combien sont-ils ces néoruraux qui, tout en travaillant (certains sont même salariés à Paris), ont choisi de créer une société d'« autonomie collective » ? « Nous sommes des centaines », assurent-ils. Dans cette atmosphère à la fois frondeuse et militante, précaire et vulnérable, certains se sentent très seuls. « L'attractivité économique, ici, c'est secondaire », enrage Jérôme Azéma, candidat malheureux pour LREM aux législatives, qui a des idées à la douzaine pour relancer le tourisme avec des hôtels, un parc d'attractions médiéval, un nouveau portail interactif pour proposer séjours à thème et parcours fléchés... « L'autoroute entre Toulouse et Barcelone ? Elle ne se fera jamais », se désole de son côté Paul-Louis Maurat, président de la CCI, qui sait bien que jamais des usines exportatrices ne s'installeront si les infrastructures ne sont pas performantes. Et ne se fait aucune illusion : les associations de protection de la nature ne laisseront pas un seul engin de chantier approcher de la montagne. L'Ariège restera une terre de lutte. Mais après tout, « vous voulez devenir riche, vous ? »


VILLÉGIATURE POUR CACIQUES
Terre socialiste, l'Ariège a longtemps attiré les grands noms du PS, qui s'y sont retrouvés... en toute discrétion. Laurent Fabius a acheté en 2003 dans le village du Carla-Bayle une résidence avec vue panoramique sur les Pyrénées qu'il a évaluée à 680 000 euros dans sa déclaration de patrimoine de 2013, lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères. Le ministre a financé, sur sa réserve parlementaire, des rénovations nécessaires dans le petit village dont les ressources financières sont limitées.

Tony Blair a, pendant près de dix ans, passé tous ses mois d'août dans le village circulaire de Saint-Martin-d'Oydes, où il était devenu une célébrité locale.

Jean-Pierre Bel, président du Sénat pendant le quinquenat de François Hollande, s'est retiré depuis 2014 vers Lavelanet, dans le pays d'Olmes, pour préparer les élections municipales de 2020 à Toulouse.

Enfin, non loin de l'Ariège, mais en Haute-Garonne, se trouve Cintegabelle, l'ancien fief rural de Lionel Jospin...


ALLÉGORIQUE TUNGSTÈNE
La possible réouverture d'une mine en sommeil depuis trente-deux ans, sur la rivière Salat, divise profondément les Ariégeois. La société australienne Apollo Minerals souhaite exploiter à nouveau son tungstène, un métal extrêmement dur et résistant aux plus hautes températures, utilisé pour fabriquer des pales de turbine ou des foreuses, qui intéresse particulièrement l'industrie spatiale et l'armement. La Chine, qui dans les années 80 a inondé le marché mondial de son tungstène bon marché, a provoqué la fermeture de nombreux sites et assure aujourd'hui 85% de la production mondiale. L'augmentation de la demande et des prix a rendu l'exploitation en France de nouveau intéressante. L'Etat a encore trois ans avant de se prononcer sur la réouverture. Le maire de Couflens est vent debout contre le projet. 

 

Tag(s) : #Ariège, #politique
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