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l'essentiel Marsoulas commémorera demain matin le 75e anniversaire du massacre qu'a connu le village le 10 juin 1944 : 27 morts, hommes, femmes et enfants, tués par une colonne de la division Das Reich.

Au lendemain du débarquement allié en Normandie, les maquis se développent, les actions de résistance aussi. Le commandement allemand y répond avec des opérations de représailles visant à anéantir les maquis et dissuader les populations d'aider les partisans.

Comme à Oradour-sur-Glane, le même jour (10 juin), une colonne de la division SS Das Reich entre dans le village de Marsoulas. «Marsoulas n'était pas leur objectif, ils étaient en route vers Betchat, pour y dénicher le groupe de résistance du ‘‘Capitaine Max''» explique Jean-Pierre Blanc. «Mais deux résistants, placés à Marsoulas en surveillance, ont attaqué la colonne à la grenade, ne faisant que quelques blessés, et déclenchant la réaction que l'on sait.»

Fils du maire de l'époque (Jean Blanc), Jean-Pierre Blanc est devenu le dépositaire de mémoire collective. Il avait 3 ans le 10 juin 1944 et n'a pas de souvenirs des événements mais il a longuement travaillé le sujet, a recueilli les témoignages de survivants, de membres de sa famille, de son père, rassemblés dans un livre.

Témoignages

«Les témoignages sont effroyables. Celui de Paul Cazenave, 10 ans à l'époque, raconte comment il a vu son père, sa mère et sa sœur être exécutés sur le pas de leur porte. Puis son frère – qui avait tenté de s'échapper – être ramené et abattu à son tour, à côté des corps de ses parents. De sa cachette, dans le pigeonnier, il verra également ses quatre voisins (la famille Audoubert) passer devant la maison pour aller se faire fusiller. Et il apprendra plus tard la mort de ses cousins Claude Michel, les jumeaux de 5 ans.»

D'autres évoquent la remontée rapide des troupes allemandes dans le village, maison par maison, les mitraillages, les cris, le massacre des enfants, les tentatives de fuite, le sang répandu dans la cour de récréation…

«Pour les Allemands, les résistants étaient tous des ‘‘terroristes'', pas des combattants. Et les populations étaient souvent soupçonnées de les aider. Tout était permis, y compris le massacre de civils» constate Jean-Pierre Blanc.

La difficile reconstruction

L'après 10 juin 1944 a été marqué par des actes de solidarités de la part des communes voisines, mais le village est resté traumatisé. Et divisé : «Mon père tenait beaucoup à conserver une indispensable ‘‘unité'' du village, mais c'était difficile. Les uns reprochaient aux deux résistants d'avoir causé ce massacre, d'autres louaient les actions de résistance. Mais tous souffraient de la perte de proches, d'amis, de voisins, tous avaient perdu une partie de leurs biens.» Aujourd'hui encore, les deux approches peuvent subsister, mais se rejoignent sur une conclusion unique : rien ne justifie un tel massacre.

Marsoulas en Comminges, Village martyr, 10 juin 1944, par Jacques Ducos et Jean-Pierre Blanc, aux éditions Catherine de Coarraze.


Le programme de la commémoration

à partir de 9 h 30, rassemblement des participants devant la mairie ; 10 heures, départ du cortège de la mairie au monument commémoratif.

10 h 15, recueillements devant la fosse commune au cimetière. 10 h 30, cérémonie du Souvenir à la stèle des Martyrs.

11 heures, dévoilement de la fresque de la Paix réalisée par les enfants du RPÏ Cassagne Marsoulas Mazères Ausseing Belbèze Escoulis, de l'école de Marsoulas1.

11 h 30, défilé vers la mairie et inauguration de la salle d'exposition (10 juin 1944).

12 heures, vin d'honneur offert à tous les participants.

Les enfants de l'école et la chorale de Couret animeront cette matinée du Souvenir, en présence d'un détachement militaire, de représentants des anciens combattants, associations et municipalités, invités à assister aux cérémonies avec leur Porte-drapeau.

1 : Cette fresque a été réalisée par les enfants de l'école, en coopération avec la mairie de Marsoulas, l'Association nationale des communes médaillées de la Résistance française, l'association des parents d'élèves et d'animations intercommunales (APEAI) et les prestations de l'association « lemouvementgraphique.com ».

Le message de paix des écoliers

  • Les enfants de l'école ont participé à la réalisation de la fresque qui sera inaugurée ce samedi. / photo DDM.ZG

Les enfants de l'école ont participé à la réalisation de la fresque qui sera inaugurée ce samedi. / photo DDM.ZG

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Demain, en ce 8 juin 2019, 75 ans après le massacre, l'école de Marsoulas sera de nouveau en première ligne. Réunis autour de leur professeure, Aurélie Feuillerat, ils s'impliqueront, comme ils le font chaque année, au devoir de mémoire, en participant à la cérémonie commémorative, en égrénant le nom des victimes et leur âge.

Ici les enfants connaissent tous l'histoire du massacre. Parce que le «grand-père me l'a racontée» dit Adrien, ou parce qu'ils l'ont «apprise en venant à l'école» explique un enfant du village voisin. En plus cette année, ils inaugureront la grande fresque1 réalisée par des enfants de CM1 et CM2, et qui sera installée en face du monument aux Martyrs – fresque qui a valu à l'école de recevoir l'an passé le premier prix départemental de la laïcité.

Réunis par petits groupes, certains dans la salle de classe, d'autres à la cantine ou à la mairie, il s'agissait pour les élèves de «partir de leurs propres représentations du mot ‘‘Paix'' pour arriver à la maquette d'un dessin» poursuit l'enseignante. Le dessin a ensuite été «gravé sur les murs de ce village qui a connu le sang, la folie et la peur». «Ce graff, c'est leur message, porteur de paix, de laïcité, de joie de vivre et de mémoire».

Si l''école publique de Marsoulas ne ressemble à aucune autre, c'est parce que le cours de son existence a traversé les évènements tragiques de ce 10 juin 44, jour funeste où les enfants ont payé un lourd tribut à la guerre : 11 enfants se trouvent parmi les victimes du massacre, dont le plus jeune de 3 mois.

Les enfants d'aujourd'hui n'oublient pas ceux d'hier. Et qu'ils soient originaires de Cassagne, Marsoulas, Mazères-sur-Salat, Ausseing, Belbèze et Escoulis, tous seront présents demain pour marquer les 75 ans de ce terrible massacre.

Un rapport et des photos par le premier témoin du massacre

 

  • Un rapport et des photos par le premier témoin du massacre

Un rapport et des photos par le premier témoin du massacre

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Quelques heures après le drame, le 10 juin 1944, le maire de Marsoulas, Jean Blanc, et le Sous-préfet de Saint-Gaudens, David Dautresme sont appelés pour constater le massacre et identifier les défunts.

Durant cette tournée des maisons, le sous-préfet parviendra à prendre plusieurs photos, «au péril de sa vie» commentera Jean Blanc. Pour le représentant de l'Etat, il s'agit de rassembler de «terribles documents accusateurs» qui, au final seront utilisés lors du procès de Nuremberg. Voici c e que le sous-préfet, premier témoin du massacre, écrit le 12 juin dans son rapport officiel.

«Avec une sauvagerie inouïe et une véritable folie sanguinaire, ils ont tué à bout portant, la plupart d'une ou deux balles dans la nuque, 14 enfants, 6 femmes et 7 hommes. Cinq blessés ont été transportés à l'hôpital de Saint-Gaudens, et l'un d'eux est décédé ce matin, ce qui porte à 28 le nombre de morts dans la commune de Marsoulas. Les habitants ont été tantôt tués chez eux, tantôt conduits dans la rue pour être abattus, malgré leurs protestations d'innoncence, leurs supplications. Parmi les enfants assassinés avec une sauvagerie sans nom, il y a un petit enfant de 4 mois qui a été sorti de son berceau, tué d'une balle dans la tête et jeté sur le palier devant la chambre de sa mère exécutée de la même façon, entourée de ses deux petites filles de 6 et 8 ans et de son petit garçon de 10 ans, tous tués de balles dans la tête. Dans une autre maison, le grand-père, la mère, un petit garçon de 4 ans et une petite fille de 2 ans, ont été tués sur le pas de leur porte, et j'ai trouvé la mère et la petite fille la tête éclatée, la matière cervicale répandue. Dans une autre maison, deux petits jumeaux de 5 ans ont été tués dans leur lit.

«Des scènes d'horreur se sont déroulées dans presque toutes les maisons attaquées, et si un certain nombre d'hommes et femmes n'avaient pas été aux champs ou en déplacement, il est probable que la moitié de la commune aurait ainsi disparu. Parmi les tués se trouve une famille de cinq personnes, la femme et quatre enfants, évacués de Toulouse et dont le mari travaille encore dans cette ville».


Le chiffre : 27+1

Morts > Le 10 juin 1944. 27 habitants (11 enfants, 10 hommes et 6 femmes), de Marsoulas massacrés par la colonne allemande. S'y ajoute le nom de Camille Vimbert, le résistant tué sur le toit de l'église.


Les victimes

Audoubert Alfred (55 ans), Audoubert Jeannette (22 ans), Audoubert Pauline (49 ans), Audoubert Suzanne (13ans). Barbe Claude (5 ans), Barbe Michel (5 ans), Barthet Guillaume (54 ans), Carbo Jacques (40 ans), Castex Jacques (59 ans), Castex Pauline (55 ans), Cazenave Gaston (21 ans), Cazenave Jean-Baptiste (49 ans), Cazenave Julie (44 ans), Cazenave Paulette (19 ans), Dedieu Emmanuel (45 ans), Dedieu Georgette (17 ans), Dedieu Thérèse (14 ans), Edmond Jean (25 ans), Fulbert Adrien (25 ans), Fulbert Jacques (5ans), Fulbert Marguerite (26 ans), Fulbert Mauricette (2 ans), Saffon Christian (3 mois), Saffon Madeleine (42 ans), Saffon Micheline (12 ans), Saffon Suzanne (19ans), Saffon Yves (14 ans).

Tag(s) : #Marsoulas, #Comminges, #Guerres
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