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Réchauffement climatique : ce qui attend l'Ariège

Publié le , mis à jour

«Urgence climatique et écologique : l'État s'engage en Ariège !» La préfète du département Chantal Mauchet a organisé un colloque pour parler du réchauffement climatique il y a quelques semaines. Ce rassemblement a réuni à la préfecture plus d'une centaine de cadres et de services de l'État. L'objectif était de «ressortir de cette journée avec des solutions nouvelles et concrètes», explique Chantal Mauchet. À l'heure où le thermomètre flirte avec les 38 °C, il était temps de retourner voir les deux spécialistes qui ont animé ce séminaire. Ils dressent chacun leur tour un bilan inquiétant de l'état de l'Ariège en 2 100. Serge Planton, ingénieur général à Météo France, décrit le scénario le plus probable dit scénario du laisser-faire. «La température augmenterait de 5 °C en moyenne d'ici 2 100», affirme le scientifique. «Et l'Ariège ne sera pas épargnée par cette évolution», ajoute-t-il. Les conséquences du réchauffement climatique sur notre territoire seront visibles et multiples. Ces quelques degrés supplémentaires amèneront un été plus précoce. «Il arrivera 10 jours plus tôt en moyenne et il y aura des vagues de chaleur régulières qui atteindront les 40 °C», poursuit Serge Planton. La température des lacs pourrait elle aussi augmenter de presque 10 °C. L'enneigement des Pyrénées sera en déclin. «L'épaisseur de la neige diminuera de moitié à 1 800 m, en moyenne on comptera plus d'un mois de neige en moins», souligne-t-il. Gérard Largier, directeur du conservatoire botanique national des Pyrénées, détaille quant à lui les conséquences sur la biodiversité. «Les phénomènes naturels tels que les glissements de terrain, les éboulements et les avalanches seront eux plus fréquents», explique-t-il. Actuellement ces conséquences sont peu visibles. Depuis 1959, la température en Ariège a augmenté de 0,24 %. «C'est sur le long terme que l'on perçoit ce réchauffement climatique», expliquent Serge Planton et Gérard Largier. D'ici 80 ans, la faune, la flore, l'agriculture et le tourisme vont drastiquement se modifier. Les deux scientifiques ont quelques pistes quant à l'évolution du département. Une évolution qui a déjà commencé.


Vice-présidente de la Région Occitanie en charge de la transition écologique et énergétique

Agnès Langevine : quelques solutions

Agnès Langevine, vice-présidente de la Région en charge de la transition écologique et énergétique, était présente lors du bilan climatique organisé sous l'égide de la préfecture. Elle a énoncé un certain nombre de solutions que la région Occitane tentait d'instaurer. La vice-présidente souhaiterait que d'ici 2021 les biodéchets de chaque ménage soient séparés des autres déchets pour qu'ils puissent être collectés et utilisés comme compost. «Je souhaiterais aussi limiter les capacités d'incinération de la région» ajoute-t-elle. Au-delà des déchets, cette élue voudrait : «Favoriser les circuits courts dans les établissements scolaires.» L'objectif est d'instaurer des repas bio et locaux dans toutes les cantines d'Occitanie. «Il faudrait relocaliser les productions agricoles», affirme-t-elle. Agnès Langevine parle également de la mise en place de panneaux photovoltaïques plus adaptés à l'ombrage et aux sols. L'idée serait de favoriser «l'agrivoltaïque» qui permettrait une production d'électricité et une production agricole en même temps.

 

 


Ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts à Météo France

Serge Planton : «On va devoir redéfinir nos activités»

Dans les domaines économiques, de nombreux facteurs vont devoir être pris en compte. L'agriculture sera largement perturbée par les augmentations de chaleur. «Les sécheresses agricoles seront de plus en plus présentes car les températures élevées entraîneront une forte évaporation», analyse Serge Planton. Ainsi, une baisse de la croissance et de la productivité dans l'Ariège est à envisager. «Déplacer certaines cultures sera alors indispensable, car les rendements vont différer selon les zones du département», confirme Gérard Largier. «Par ailleurs, les risques de ravageurs de cultures seront aussi plus présents», ajoute-t-il. Parallèlement à cela, le bétail pourra être touché par un stress thermique important (incapacité du corps à maintenir une température normale à cause d'une température élevée), et par diverses maladies. L'élevage animal sera donc largement perturbé. L'OPCC (Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique) dont fait partie Gérard Largier expose les futures difficultés économiques liées au tourisme. Dans plusieurs secteurs des Pyrénées, «le tourisme d'hiver est la principale source de revenus et le moteur du développement local», explique l'OPCC. L'enneigement moins fréquent va donc obliger l'Ariège à «redéfinir ses activités», confirme Serge Planton. «Les emplois autour du tourisme de neige seront plus rares et une réduction des recettes annuelles est aussi à prévoir». Selon l'OPCC, la date d'ouverture des stations de ski a été décalée de 5 à 55 jours dans les stations de basse altitude. Actuellement, aucune qualification n'a été prévue pour anticiper la diminution de ce nombre d'emplois.


Directeur du conservatoire botanique national des Pyrénées

Gérard Largier : «Le cycle de vie des espèces sera perturbé»

«Les conséquences sur la biodiversité seront nombreuses», indique tout de suite Gérard Largier. La faune et la flore seront en constante évolution. «De nouvelles espèces animales exotiques, parfois invasives se développeront», on l'a d'ailleurs vu avec le moustique tigre et la pyrale du buis par exemple. «D'autres espèces disparaîtront comme le Lagopède Alpin ou encore le calotriton des Pyrénées», explique le spécialiste. De plus, le cycle de vie de certains animaux se verra perturbé. «La ponte, la migration, l'hibernation et la reproduction pourront être avancées ou retardées», décrit Gérard Largier. Actuellement, le retard des migrations a été déjà observé sur près de 100 espèces différentes d'oiseaux. Une modification des cycles de vie des espèces végétales aura également lieu. «La floraison, l'arrivée des bourgeons, et la pollinisation seront elles aussi perturbées», confirme Gérard Largie. «La répartition de la flore sur le territoire va clairement se modifier au fil des années», poursuit le directeur du conservatoire botanique. L'augmentation des températures entraînera une modification de la physionomie et de la structure des forêts. Le réchauffement climatique fait en partie remonter les essences forestières en altitude. La diversité des arbres sera plus faible et en cas de prolifération d'une espèce destructrice, la forêt se verra disparaître plus facilement. Le réchauffement des lacs va entraîner la raréfaction du nombre de poissons et de plantes aquatiques. L'ensemble de ces modifications commencent déjà à être visibles dans le département.


Viviane Ramonguilhem, prévisionniste Météo France Ariège : «Des records avoisinés»

À quoi doit-on s'attendre pour les jours à venir ?

Théoriquement, le pire est derrière nous mais l'Ariège devrait rester en vigilance orange jusqu'à jeudi soir. Les records historiques seront frôlés mais peu dépassés : aujourd'hui (NDLR, hier), il fera 38 °C à Saint-Girons pour une valeur maximale de 38,9 °C. À Foix, le mercure dépassera les 36 °C mais restera probablement sous la barre historique des 37,4 °C. Les températures de jeudi seront sensiblement les mêmes. Heureusement, des perturbations et averses orageuses sont à prévoir en fin de semaine, avec une baisse de 10 à 15 °C pour la journée de vendredi. Le week-end couvert annonce des températures juste en dessous des moyennes estivales, entre 23 et 24 °C.


Le chiffre : 36 ° C

en moyenne > en Ariège hier. Un chiffre variant d'un à deux degrés selon les zones.

Dossier réalisé par Lisa Noyal

La Dépêche

Tag(s) : #Environnement, #Météo, #Ariège
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