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Salies-du-Salat. Gudrun a vu la construction et la chute du Mur de Berlin

  • Gudrun et Gunther Sachse lors du dernier jumelage. PhotoDDM. Z.G.

Gudrun et Gunther Sachse lors du dernier jumelage. PhotoDDM. Z.G.

Publié le , mis à jour

Hier était célébré le 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, ce «Mur de la Honte» qui pendant 28 ans a partagé l'Allemagne en deux blocs : celui de l'Est et celui de l'Ouest.

Si les Salisiens sont toujours interpellés par cet anniversaire c'est que depuis 45 ans la ville de Salies-du-Salat est jumelée avec celle de Philippsthäl, une commune qui fût coupée en deux en 1961 par le Mur : la partie du village située dans la Hesse restant à l'Ouest et le côté Thuringe passant dans le bloc de l'Est.

Parmi les Philippsthaler habitués au jumelage deux d'entre eux, Gudrun et Gunther Sachse ont choisi d'acheter une maison à Mane, où ils viennent régulièrement passer des vacances. En 1961 seule Gudrun habitait Philippsthal et a vécu la construction et la chute du Mur. Son mari Gunther habitait à l'Est, il s'évadera et rejoindra Philippsthal quelques jours seulement avant la chute du Mur. Une évasion compliquée, ou il risqua sa vie à plusieurs reprises.

- Comment les habitants de Philippsthal ont-ils vécu la chute du Mur en 1989 ?

- On a ouvert la frontière entre Philippsthal et Vacha, en Thuringe, dans la nuit du 11 au 12 novembre 1989. C'était très impressionnant.

- Est-ce que quelque temps avant (des jours, semaines ?) vous pensiez à l'Ouest, que le Mur allait être ouvert ? En parlait-on au village ?

- Pour nous, la frontière était quelque chose qui était toujours là, on ne connaissait pas autre chose. Je pense qu'on n'a jamais cru que la frontière s'ouvrirait un jour. Même quand on a ouvert la frontière dans d'autres villes, on n'a pas pensé à Philippsthal.

- Comment s'est déroulé le jour où la frontière a été ouverte ?

C'était la liesse. Les gens retrouvaient leur famille, leurs amis. Il y avait des centaines de Trabi (voitures d'Allemagne de l'Est) qui venaient de Vacha et traversaient Philippsthal. On est allé chercher des gens qui travaillaient pour une entreprise de construction pour avoir de grosses machines de destruction et des camions pour aider à détruire le Mur. Et on est allé chercher le maire, Monsieur Schaefer, pour les démarches officielles.

-Êtes-vous allé à Vacha, le village voisin, dès que la frontière a été ouverte ?

Naturellement je suis allée à Vacha, mais avec un sentiment un peu mélangé de peur, de curiosité et un esprit d'aventure. J'ai regardé la place du marché où il y avait encore une station-service au milieu, les maisons pas rénovées, les magasins vides et tristes…

-Depuis 30 ans, est-ce que l'ouverture du Mur a changé quelque chose dans la vie à Philippsthal ?

Une chose est intéressante : moi, je vais souvent à Vacha (ex-RDA) ou à Bad Salzungen pour faire des achats, mais pour les gens de l'Est c'est plus important de faire les achats à l'Ouest. Beaucoup de jeunes femmes ont cherché un mari à l'Ouest, peut-être parce qu'elles pensaient à la «richesse» de l'ouest. À Philippsthal il y a beaucoup de jeunes couples de Vacha et des villages autour qui ont construit ou acheté une maison à Philippsthal. Je pense aussi que la moitié des travailleurs, employés de l'usine de potasse K + S vient de Thuringe.

-Aujourd'hui 30 ans après, est-ce que tout est redevenu normal à Vacha dans l'ex-RDA ?

«Normal» ? Qu'est-ce que cela veut dire ? On a maintenant l'habitude d'aller n'importe où sans réfléchir. On va chez des docteurs à Vacha, à l'hôpital à Bad Salzungen, dans les Bricomarchés à Vacha et Bad Salzungen.

Vacha a beaucoup fait pour améliorer la situation dans la ville, même s'il y a encore des maisons et des coins qui n'ont pas changé – peut-être à cause des problèmes de propriétaires. On ne sait pas à qui appartiennent certaines maisons, beaucoup ont été abandonnées car les habitants sont partis avant la fermeture de la frontière en 1961 et ne sont pas revenus.

Propos recueillis par Zoé Gauthier

 

Ce 9 novembre, ce sera le 30ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin, du Mur de la Honte qui pendant 28 ans a partagé l’Allemagne en deux blocs: celui de l’Est et celui de l’Ouest.

Si les salisiens sont toujours interpellés par cet anniversaire c’est que depuis 45 ans la ville de Salies du Salat est jumelée avec celle de Philippsthäl, une commune qui fût coupée en deux en 1961 par le Mur: la partie du village située dans la Hesse restant à l’Ouest et le côté Thuringe passant dans le bloc de l’Est.

Parmi les Philippsthaler habitués au jumelage deux d’entre eux, Gudrun et Gunther Sachse ont choisi d’acheter une maison à Mane, où ils viennent régulièrement passer des vacances. En 1961 seule Gudrun habitait Philippsthal et a vécu la construction et la chute du Mur. Son mari Gunther habitait à l'Est, il s'évadera et rejoindra Philippsthal quelques jours seulement avant la chute du Mur. Une évasion compliquée, ou il risqua sa vie à plusieurs reprises.

Comment ont ’ils vécu la chute du Mur en 1989, c’est la question que nous leur avons posé.

Quel jour exactement les allemands de l’Est de ont-ils pu franchir la frontière vers Philippsthal ?

On a ouvert la frontière entre Philippsthal et Vacha, en Thuringe, dans la nuit du 11 au 12 novembre 1989.

Comment avez-vous été informé que les frontières allaient s’ouvrir ce jour-là ?

Moi, je n’ai rien entendu et remarqué. J’ai bien dormi. C’est mon frère qui m’a appelé de Suisse le matin du 12 novembre pour me dire qu’on ouvre la frontière.

Il y avait quelques personnes qui étaient dans un restaurant ou il y avait une fête et là on est allé chercher des gens qui travaillaient pour une entreprise de construction pour avoir de grosses machines de destruction et des camions pour aider. Et on a est allé chercher le maire, Monsieur Schaefer, pour la démarche officielle.

Est-ce que quelques temps avant (des jours, semaines..) vous pensiez à l’Ouest, que le Mur allait être ouvert ? En parlait ’on au village ?

Pour nous, la frontière était quelque chose qui était toujours là, on ne connaît pas d’autre chose. Je pense qu’on n’a jamais cru que la frontière s’ouvrirait un jour, même quand on a ouvert la frontière dans d’autres villes, on n’a pas pensé à Philippsthal. Peut-être espéré qu’elle s’ouvrirait.

Est-ce que beaucoup de familles de Philippsthal avaient de la famille à l’Est ? Ou est ce qu’ils avaient rejoint l’Ouest avant que ce ne soit définitivement interdit ?

Quand on n’a pas encore eu la frontière avec le mur, il y avait des possibilités (dangereuses et interdites) de trouver « un trou » pour aller à l’autre côté, pour se rencontrer pour les fêtes, les amoureux, ….

Par exemple la voisine de ma mère avait sa sœur dans un village en Thuringe. Le problème c’était que le village se trouvait dans la zone de 5 kms autour de la frontière, et seules les personnes qui vivaient dans ce village avaient le droit d’y entrer avec un passeport spécial. Pour se rencontrer, la voisine de l’ouest et sa sœur devaient se rendre dans un village en dehors des 5 kms.

Le jour, ou la nuit, ou la frontière a été ouverte, que s’est-il passé dans le village ? L’accueil, des retrouvailles, des fêtes ?

 

C’était la liesse. Les gens retrouvaient leur famille, leurs amis.

Il y avait des centaines de Trabi (voitures d’Allemagne de l’Est) qui venaient de Vacha et traversaient Philippsthal.

Devant la mairie, il y avait des queues pour obtenir les 100 Deutch Mark que chaque personne qui venait de l’est recevait. Les magasins étaient plein de personnes qui ont dépensé l’argent qu’ils ont reçu ce jour-là. Et les jours suivant, des marchands ont installés leurs stands de fruits (surtout avec des bananes et des oranges) au bord de la rue qui venait de Vacha.

ilm sur You Tube :

https://www.youtube.com/watch?v=_0WnnvETQ9Q

C’est Lore Dehn,  qui avait fait le film.

Texte sur la site :

https://www.fewo-clute-simon.de/grenzgeschichte/

 

Êtes-vous allé à Vacha, le village voisin, dès que la frontière a été ouverte ?

Naturellement je suis aussi allée à Vacha, mais avec un sentiment un peu mélangé de peur, curiosité et aventure. J’ai regardé la place du marché où il y avait encore une station-service au milieu, les maisons pas rénovées, les magasins vides et tristes.

Mais j’ai été étonné par les prix, parce que les prix étaient vraiment bas, comparés avec les prix à l’Ouest. Mais il y avait aussi une différence de qualité, par exemple avec les cahiers. La mode pour les femmes, un peu viellot, mais les choses de la vie de tous les jours étaient très bon marché.

Une chose que je ne pouvais pas supporter : leur papier de toilette, … comme le papier pour envelopper les sandwichs,  (= Butterbrotpapier), dur, qui gratte, … en un mot, … terrible !

Depuis 30 ans, est ce que l’ouverture du Mur a changé quelque chose dans la vie à Philippsthal ?

Une chose est intéressante : Moi, je vais souvent à Vacha (ex-RDA) ou à Bad Salzungen pour faire des achats, mais pour les gens de l’Est c’est plus important de faire les achats à l’Ouest.

Beaucoup de jeunes femmes ont cherché un mari à l’Ouest, peut-être parce qu’elles pensaient à la « richesse » de l’ouest ? A Philippsthal il y a beaucoup de jeunes couples de Vacha et des villages autour qui ont construit ou acheté une maison à Philippsthal.

Pendant les premiers 20 ans, beaucoup / plusieurs jeunes sont allés au lycée à Vacha, parce qu’il porte le nom « lycée ». A Heringen, à l’Ouest, c’est aussi un lycée, mais le titre est « Gesamtschule » : école polyvalente.

Je pense que la moitié des travailleurs / employés de K + S ( l’usine de potasse) vient de Thuringe.

Aujourd’hui 30 ans après, est ce que tout est redevenu normal dans les deux communes partagées par le Mur ?

Normal, qu’est-ce que cela veut dire ? On a maintenant l’habitude d’aller n’importe où sans réfléchir. On va chez des docteurs à Vacha, à l’hôpital à Bad Salzungen, dans les bricomarchés à Vacha et Bad Salzungen.

Vacha a beaucoup fait pour améliorer la situation dans la ville, mais il y a encore des maisons et des coins qui n’ont pas changés, peut-être à cause des problèmes de propriétaires. (on ne sait pas à qui appartient la maison par des raisons politiques.)

 

 

Gunther était arrivé de l’Est avant la chute du Mur. Il s’était « échappé »

 

L’histoire de « l’évasion » de Günther, qui habitait en RDA :

« En octobre 1989 il était allé dans le restaurant de son village et avait dit aux gens : « Je vais à l’Ouest. » Personne ne l’a cru. Il leur a donné de l’argent pour boire un coup et a quitté la salle.

Alors, il a pris son Trabi et il est allé en Tchécoslovaquie, à l’ambassade de Prague. Quand il y est arrivé, il y avait tant de gens qu’il a eu peur qu’on le renvoie en RDA. Il est allé à Coburg en Bavière, dans une caserne où il y avait aussi des Américains. Après beaucoup de conversations avec des gens officiels, qui savaient tout de lui, même les choses qu’il ne voulait pas raconter, comme son travail pour l’armée de la RDA, il a pensé à la famille qui est venue à son village parce que le propriétaire du restaurant et le mari étaient frères. Et ils ont dit qu’il pouvait venir les voir.

Ainsi, il est venu à Philippsthal, une semaine avant l’ouverture du Mur.

Pendant les jours après l’ouverture, il n’a presque pas quitté son appartement parce qu’il avait peur qu’on vienne pour l’emmener à l’Est. La situation n’était pas facile pour Gunther, souvent il a eu peur quand les soldats étaient devant lui avec leurs armes. Mais il a aussi eu le sentiment d’aller à l’étranger mais où on parle par hasard la même langue. Les deux Allemagnes étaient tout à fait différentes.

Et en 1993, la chorale du village fêtait ses 100 ans. Nous nous sommes rencontrés et maintenant nous sommes mariés.

Tag(s) : #Philippsthal, #Salies du Salat, #Guerres
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