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MANIFESTE Par Tonino Serafini — 

Un sans-abri à Paris, le 18 mai.
Un sans-abri à Paris, le 18 mai. Photo Christophe Archambault. AFP 

 

Un collectif d'associations de lutte contre l'exclusion, le sans-abrisme et le mal logement demande au gouvernement de ne pas oublier les plus démunis lors du plan de relance. 

Pauvreté : un programme en quinze points pour sortir de la crise

  • Les ménages pauvres, les personnes frappées par la crise économique qui arrive, les mal logés, les sans-abri ne doivent pas être les oubliés du plan de relance économique que prépare le gouvernement. Dans une sorte de manifeste en quinze points, un collectif d’associations de lutte contre les exclusions et le mal logement (1) demande au gouvernement de flécher une partie de ses mesures à destination des plus démunis. «Le plan de relance annoncé […] doit être l’occasion d’un changement d’échelle pour mettre fin au sans-abrisme» écrivent les signataires, parmi lesquels le Secours Catholique, ATD-Quart monde, Emmaüs ou encore Médecins du Monde, la Ligue des droits de l’homme ou la Fondation Abbé-Pierre.

Les mesures prises pour contrer la crise économique doivent faire d’une pierre deux coups : améliorer la situation du logement des personnes les plus pauvres tout en relançant l’activité dans le secteur du BTP, par le biais de la construction de logements aux loyers accessibles aux ménages les plus modestes ou la rénovation de logements anciens. Le collectif propose notamment d'«investir massivement dans le logement à vocation sociale, en finançant la [création] de 150 000 logements sociaux par an dont 60 000 PLAI [des logements sociaux aux loyers minorés, ndlr], via un retour de l’Etat dans le financement des aides à la pierre».

Dans ce programme figure aussi la résorption des logements insalubres (au nombre de 450 000 dans l’Hexagone), la mise aux normes des bâtiments anciens qui sont des passoires thermiques, ou encore la poursuite du programme d’humanisation des centres d’hébergement d’urgence avec la transformation des grands dortoirs en petites chambrées de quelques lits. «Nous disons qu’au-delà des mesures de court terme de soutien aux personnes en difficulté, il faut mettre le cap sur le long terme avec une politique de lutte contre le mal logement et contre la pauvreté. Un tel investissement peut profiter à tout le monde», souligne Claire Hedon, présidente d’ATD-Quart Monde.

Les membres du collectif défendent l’idée qu’une politique du logement ambitieuse peut aider à relancer l’économie du pays. «Mais pour que ce soit utile et vertueux, il faut la coupler avec les questions sociales et écologiques, souligne Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. La relance doit servir à lutter contre le logement insalubre, résorber les bidonvilles, réhabiliter les passoires thermiques, et à construire des logements à des loyers très bas, car même les HLM sont trop chers pour les ménages pauvres.» Notamment les 2,2 millions de personnes, qui vivent avec moins de 680 euros par mois, soit moins de 40 % du revenu médian, considéré comme le seuil de pauvreté absolu.

Outre ces mesures sur le long terme qui s’inscriraient dans un plan de relance, l’objectif de l’appel du collectif, «est aussi de déclencher au sein du gouvernement une prise de conscience de la nécessité de pérenniser jusqu’à la fin de l’année les mesures sociales prises dans l’urgence pendant la crise sanitaire», commente Florent Gueguen, directeur général de FAS (Fédération des acteurs de la solidarité). Il cite notamment «la mise à l’abri des personnes à la rue avec la mobilisation de 22 000 places dans des hôtels ou des centres de vacances, et la prolongation de la trêve hivernale [elle s’arrêtera le 10 juillet]». Pour Christophe Robert, «il ne faut pas que ces mesures n’aient été que des mesures du moment. Il faut les prolonger pour anticiper la crise économique et sociale qui arrive». Outre les difficultés pour certaines familles à faire des courses pour leurs besoins alimentaires, les associations constatent une hausse des impayés de loyers. Aussi jugent-elles nécessaire la constitution d’un fonds pour aider les ménages les plus en difficulté à faire face à leurs échéances mensuelles, et éviter qu’ils n’accumulent une dette énorme de loyers en quelques mois. 

La demande de prolongation de la trêve hivernale a pour objectif de garantir un toit aux familles en interdisant les expulsions locatives et aussi de donner du temps pour pérenniser l’hébergement et trouver des solutions de logement à plus long terme pour les personnes sans-abri, accueillies notamment dans les hôtels depuis le début de la crise sanitaire.

(1) Le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri et mal logées, compte 36 membres

Tonino Serafini

Tag(s) : #Société

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