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Figarol, Mazères, Montsaunes - Le Bois du Bernet par Daniel Pons (1/5)

Daniel Pons, garde forestier en retraite, nous livre l'histoire du "Bois de Bernet"

Cinq publications suivront. Une histoire passionnante dans le temps mais aussi qui nous fait découvrir l'univers des forêts et la vie des arbres. Ecrite par Daniel Pons.

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Le Bois de Figarol : trois communes forestières, une Commanderie et une longue histoire partagée

Lorsque l’on arrive à Figarol  depuis la route départementale de Montsaunès l’on voit se dessiner  à travers les platanes une longue et haute lisière boisée qui coupe la plaine agricole en deux plans. D’un côté de longues pièces agricoles de terre blanche et de l’autre le moutonnement des chênes de  la canopée d’une étendue boisée appelée localement  « Bois de Figarol »  qui  s’étend à l’Ouest depuis le  Bois de la Cledo , à l’Est  les Pièces du Commandeur  et  au nord descend  jusqu’au bord de la Garonne.

Le bois du Bernet.

Mais tout cela n’est pas tout à fait exact.

Daniel Pons, technicien de l’ONF  (Office National des Forêts) depuis peu à la retraite, nous en raconte l’histoire. Engagé dans son métier de garde forestier, épris de l’histoire forestière locale, il a effectué, dans le cadre de la gestion  de cette forêt des recherches auprès des Archives Départementales et consulté des cartes et plans du 17ème siècle à nos jours qui permettent de retracer son histoire atypique.

Par exemple , nous dit-il,  sur les cartes le nom qui ressort souvent concernant    l’appellation du bois de Figarol est   « Bois du  Bernet ». Or le mot « bernet » vient du gascon « eth bèr »  qui signifie l’aulne. Or cette arbre  pousse sur les bords des eaux et dans les lieux  particulièrement  humides voire saturé en eau ce qui pour cette forêt ce révèle vrai puisque son sol est particulièrement engorgé en période hivernale et printanière.

Les limites actuelles  ajoute-il,  ne sont pas les mêmes que celles de la première carte forestière de la réformation de Froidour de 1669… Des déboisements ont été effectués sur cette longue période…

1343 : Les droits d’usages

Ce bois de 200 hectares en 1669 appartenait jusqu’à la vieille de la Révolution  à la Commanderie Templière de Montsaunès. Quand les Templiers se sont installés localement au 12ième siècle, les habitants des communautés riveraines leur ont donné  un certain nombre de biens dont des biens fonciers mais en échange ils devaient assurer leur sécurité. Il semble que ce bois est fait partie de ces donations.

Au fur et à mesure de l’augmentation de la population locale les Templiers ont octroyé des « droits d'usages » à trois Communautés locales (Charte des coutumes de Montsaunès), afin que leurs habitants puissent aller faire du bois de chauffage,  de charpente ou mettre les animaux en pâturage dans la forêt. Ces trois villages étaient Figarol , Montsaunès et Mazéres.  Cependant tout au long de l’Histoire les habitants des trois Communautés ont  pu user de ces droits établis par la Charte des Coutumes sur l'ensemble des 200 ha et ce jusqu'en 1775.
 

1775, du partage à la propriété communale.

En 1775 l’augmentation des  tensions entre les populations villageoises usagères liés à une surutilisation de l’espace boisé (augmentation démographique)   pousse la  Commanderie à « répartir» les droits d’usages. Cette répartition  va se concrétiser  avec le partage du Bois en 4 entités bien distinctes pour permettre de situer géographiquement les droits d’usages de chaque Communauté. Ainsi chacune devient «  propriétaire »  d’environ 1/4  de la surface tandis que la Commanderie garde le dernier quart pour le faire croître en futaie de chêne.
Au moment de la Révolution les trois Communautés  deviennent  de fait propriétaires en arguant des droits usages et du  document de partage établi en 1775 alors  que le  Bois de la Commanderie a été confisqué par la  jeune République car considéré comme un  « bien d'église » et mis en vente  pour être acheté par les gens des environs. Cette ancienne forêt , aujourd’hui en terre agricole, est appelée  "les Pièces du Commandeur" et se trouve entre le bois de Figarol et le bois de Castans.

 1810 – 1965 d’un état forestier très dégradé à une embellie relative

La description qui est faite du bois de Bernet  avant la Révolution  montre une forêt particulièrement  abimée  car  surexploitée  par des siècles de surutilisation usagères : en effet, les habitants, souvent les plus indigents,  se servaient de la forêt dans leur vie quotidienne comme  " commun"  pour  bien souvent simplement survivre. La forêt était par exemple le lieu du pâturage pour  les bovidés ou de glandage pour  les porcs. Le bois était coupé pour les besoins journaliers mais sans rationalité sylvicole.

Après la Révolution progressivement l’Administration Forestière  contingente les droits d’usages ancestraux  et peut, petit à petit,  augmenter le temps de passage entre chaque coupe ce qui  permet à la forêt de reprendre pied et de se revivifier.  Aujourd’hui, de ces usages seul le droit d’affouage est resté par l’intermédiaire de coupes de bois  délivrées aux communes par l’ONF.

De cette période historique  de surutilisation  vitale  la forêt a gardé de profondes cicatrices en particulier toute une végétation herbacée et arborée – sorte d’archéologie végétale  vivante -  tels que le tapis de ronces, les genets , les trembles, les bouleaux, le chêne pédonculé toutes espèces typiques de ces  forêts surexploitées. Cette longue période historique  a aussi été un frein important pour l’implantation  et la dissémination d’autres essences telles que le charme, le hêtre ou le chêne rouvre.

Pourtant aujourd’hui l’on peut affirmer que le bois du Bernet n’a peut-être jamais été aussi «  forêt » que depuis le Moyen Age…. Et l’on  commence à voir, par endroit,  du charme et du hêtre  s’implanter dans le sous-bois …

Cependant à partir des années 1930 / 1935 mais surtout 1965 et 1990 un profond changement sociétal va puissamment bouleverser le paysage du  Bois du Bernet.

Tag(s) : #Comminges, #Forêt, #Canton de Salies, #Haute-Garonne, #Histoire, #Patrimoine, #Environnement

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