Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

l'essentiel: Une étude publiée ce vendredi par l’Insee montre que depuis 50 ans, faute d’emplois, des territoires se dépeuplent en Occitanie.

L’Occitanie a depuis de longue date l’image d’une région dynamique. Que ce soit grâce à l’attractivité de la métropole toulousaine ou celle du littoral languedocien, la région attire de nouveaux arrivants chaque année. Mais, a contrario, des territoires, faute d’emplois, sont en perte de population comme vient de le montrer une nouvelle étude publiée ce vendredi 12 juin par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) d’Occitanie, sous la direction de Laurent Bisault.

Cette enquête très fouillée se base sur les recensements de la population de 1968, 1975, 1982, 1990, 1999, 2008 et 2016. Cinquante années donc qui permettent de mesurer l’évolution des 215 bassins de vie de la région, c’est-à-dire les plus petits territoires sur lequel les habitants ont accès aux équipements et services les plus courants.

Certains territoires moins peuplés qu’il y a cinquante ans

« Avec la disparition de nombreuses exploitations agricoles familiales et d’anciennes industries, certains territoires d’Occitanie sont aujourd’hui moins peuplés qu’il y a cinquante ans. Au sud du Massif central, dans les Pyrénées et une partie du Gers, les effectifs d’agriculteurs et d’ouvriers ont beaucoup baissé. Ces actifs n’ont été que partiellement remplacés par des cadres, des professions intermédiaires et des employés. Dans ces bassins de vie, le chômage est disparate, souvent bas dans les territoires agricoles et élevé dans les anciens bassins industriels », explique Laurent Bisault en introduction.

Dans 63 bassins de vie, « la population a diminué entre 1968 et 2016 alors que l’ensemble de la région connaissait un fort dynamisme démographique. La population y a aussi vieilli plus rapidement que dans le reste de la région, les plus jeunes étant partis étudier et travailler ailleurs. Ils étaient 788 000 habitants en 1968 dans ces territoires. Ils ne sont plus que 645 000 à y résider en 2016. »

Disparition d’exploitations et arrêts d’industries

 

Variations de population et d’emploi1 dans les bassins de vie en déclin démographique d’Occitanie entre 1968 et 2016
Variations de population et d’emploi1 dans les bassins de vie en déclin démographique d’Occitanie entre 1968 et 2016 - Insee

 

Dans ces bassins « l’emploi a baissé ou au mieux stagné, ce qui a réduit d’autant la possibilité de vivre sur place, sachant que les autres pôles d’activité sont trop éloignés pour permettre aux habitants de résider dans ces bassins et de travailler ailleurs », explique l’Insee qui pointe deux causes principales : la première est la disparition de nombreuses exploitations agricoles familiales et la fin de certaines histoires industrielles (mines, métallurgie, habillement).

« L’arrêt total ou partiel d’établissements industriels, dans les mines, le textile ou dans d’autres activités, a également réduit les effectifs de façon plus localisée, mais aussi plus brutale. Dans les villes et campagnes moins peuplées, des artisans et des commerçants ont fermé boutique faute de clients, dans un contexte marqué aussi par de profondes transformations des modes de vie et de consommation », estime l’Insee.

« Ces territoires ont perdu 37 000 postes d’ouvriers non agricoles de 1968 à 2016, alors que ces postes étaient stables en nombre mais profondément transformés dans le reste de la région (nouveaux secteurs d’activité, qualification croissante…) », détaille l’Insee.

 


Chômage disparate


« Avec la baisse de la population, les territoires en déclin ont perdu 9 000 postes d’artisans, de commerçants et de chefs d’entreprise. Davantage de commerçants que d’artisans, car le commerce traditionnel a souffert de l’expansion de la grande distribution », note l’Insee.
Pour s’adapter aux nouveaux besoins d’une économie régionale de plus en plus tertiaire, le nombre de cadres a augmenté dans ces bassins de vie, comme celui des professions intermédiaires et des employés, mais dans ces zones en déclin démographique, l’emploi demeure encore aujourd’hui plus agricole et globalement peu qualifié.
« Les exploitants et ouvriers agricoles occupent ainsi 12 % des emplois contre 3 % dans le reste de la région qui englobe aussi bien les plus grandes villes que certains bassins de vie plus ruraux en croissance démographique », indique l’Insee, qui trouve là une des explications de la disparité du chômage dans la région. Ainsi, des taux de chômage bas comme en Aveyron ou en Lozère (territoires agricoles), sont dus au départ de ceux qui n’ont pas repris la ferme. A contrario dans les anciens bassins miniers, métallurgiques, ou les territoires spécialisés dans le textile, les ouvriers privés d’emplois sont souvent restés, d’abord au chômage puis en dehors du marché du travail.

Agriculture : 93 000 emplois en moins en 50 ans

Première cause du dépeuplement de nombreux bassins de vie de la région depuis 50 ans : la disparition de nombreuses exploitations agricoles familiales, selon l’Insee. « 93 000 emplois d’exploitants et d’ouvriers agricoles ont été perdus dans les territoires en déclin démographique d’Occitanie depuis 1968. Soit 78 % des emplois liés à l’agriculture en moins, un mouvement que l’on retrouve dans le reste de la région comme dans l’ensemble de la France », indique l’Insee.
Des pertes d’emplois rapides de 1968 à 1990. « De tels volumes d’emplois perdus ont été atteints parce que, depuis la France des Trente Glorieuses, les politiques d’orientation agricole ont accéléré l’exode rural », indique l’Insee, qui souligne aussi la profonde transformation qui s’est opérée dans les exploitations agricoles (extension des superficies, machines plus puissantes, recours à la chimie). « Beaucoup de petites exploitations familiales qui associaient culture et élevage ont disparu. L’agriculture a fortement régressé dans certaines zones montagneuses, mais elle est partout devenue économe en main-d’œuvre », selon l’étude.

L'autonomisation des femmes

Autre bouleversement sociétal : les femmes d’agriculteurs sont progressivement devenues de plus en plus autonomes sur le plan économique. « Le travail en dehors de la ferme était devenu majoritaire pour les épouses en 2008. Ceux qui sont restés à la ferme sont donc le plus souvent ceux qui ont continué à y travailler. » « En 1968, les emplois d’exploitants et d’ouvriers agricoles constituaient ainsi 80 % des effectifs autour de Trie-sur-Baïse entre Hautes-Pyrénées et Gers, 75 % à Rieupeyroux dans l’Aveyron, 73 % à Marciac (Gers) et un peu plus de 70 % à Alban (Tarn) et L’Isle-en-Dodon (Haute-Garonne).

12 % des effectifs dans les territoires en déclin démographique

Cinquante années plus tard, les emplois agricoles ont drastiquement chuté. Ils ne constituent plus que 12 % des effectifs dans les territoires en déclin démographique, l’essentiel du chemin ayant déjà été fait à la fin des années 2000. Les fiefs régionaux de l’agriculture sont toujours les mêmes, mais elle mobilise désormais à peine plus de 30 % de l’ensemble des emplois à Réquista et Pont-de-Salars (Aveyron), un peu moins à Laguiole (Aveyron), Alban et Trie-sur-Baïse, et seulement 21 % à Marciac. »

Philippe Rioux

 

Figure 1 : déclin démographique dans les montagnes et une partie du Gers

Variation de la population entre 1968 et 2016 dans les bassins de vie d’Occitanie

     
 
Tag(s) : #Comminges, #Occitanie
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :