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  • Elérika Leroy.
    Elérika Leroy. Photo DDM, archives, Xavier d e Fenoyl
Publié le 

l'essentielChargée de mission pour les hauts lieux de la Résistance au Conseil départemental de Haute-Garonne, l’historienne Elérika Leroy s’intéresse depuis plus de 20 ans au combat clandestin pendant l’Occupation. Son livre sur le massacre de Marsoulas va paraître.

L’historienne Elérika Leroy s’intéresse depuis plus de vingt ans au combat clandestin pendant l’Occupation. Son dernier livre sur le massacre de Marsoulas paraîtra d’ici la fin du mois.

 

Comment en êtes-vous venue à travailler sur cette période de la Résistance ?

J’ai grandi à Chartres, dans l’Eure-et-Loir, département dont Jean Moulin a été préfet. Le 17 juin 1940, avant l’appel du général de Gaulle, il a montré le premier acte de résistance en tentant de se suicider plutôt que de signer un document faux impliquant des tirailleurs sénégalais dans de prétendues atrocités envers des civils. Petite, j’ai baigné dans ces récits. Ma grand-mère me parlait beaucoup de la guerre qu’elle avait vécue, de l’exode et des maquis. J’ai entrepris des études d’histoire que j’ai décidé de poursuivre à Toulouse après avoir découvert les travaux de Pierre Laborie, professeur d’histoire contemporaine à l’université du Mirail.

 

Qu’avez-vous trouvé de particulier à Toulouse ?

En arrivant à Toulouse en 1996, je me suis rendu compte que la Résistance était partout présente, dans les noms des rues, des plaques, des monuments. J’ai aussi réalisé que les Haut-Garonnais savaient peu de choses concernant cette période récente. Depuis vingt-cinq ans, je m’efforce de la faire connaître et je ne m’en lasse pas. Dans les circuits mémoriels que j’accompagne, je pars justement de ce que les gens connaissent, les allées François-Verdier, la rue Achille Viadieu ou encore le boulevard Silvio Trentin pour les intéresser à l’histoire et au courage de ces grandes figures locales. La Résistance toulousaine, même au plan national, n’est pas assez valorisée. Des évènements exceptionnels, par leur ampleur ou par les actes courageux qu’ils ont nécessités, se sont pourtant déroulés ici.

Vous pensez notamment au village-martyr de Marsoulas ?

En France, tout le monde connaît Oradour-sur-Glane. En revanche, la plupart des Toulousains n’ont pas entendu parler de Marsoulas. Ces deux massacres de civils ne sont pas de la même ampleur mais ils ont été perpétrés le même jour, le 10 juin 1944, par des troupes de la division SS Das Reich et avec la même fureur. Plus de 640 personnes ont été tuées à Oradour, 27 à Marsoulas, dont 11 enfants. Une plaque commémorative a été installée le 23 janvier dernier sur la place du village-martyr et un "livre de mémoire" paraîtra mi-février.

Que s’est-il passé ce 10 juin ?

Ce jour-là, la 10e compagnie du 3e bataillon du régiment Deutschland de la division SS Das Reich quitte la région de Venerque où elle était cantonnée avec la mission d’anéantir les maquis des Pyrénées, c’est dire l’importance de la Résistance dans la région, et de terroriser la population qui les soutient. Les troupes sont en route vers le village et maquis de Betchat. Quand elles arrivent à Marsoulas, vers 8 heures du matin, deux maquisards en avant-poste leur jettent des grenades depuis le toit de l’église. Cette attaque va déclencher le massacre de la population civile. L’officier nazi qui dirigeait cette compagnie, un fanatique, n’attendait que ce prétexte. Les SS se déploient dans tout le village. Il est tôt, les habitants sont surpris chez eux, des jumeaux de 5 ans sont tués dans leur lit ainsi qu’un bébé de trois mois…

Dans votre travail, vous insistez beaucoup sur le rôle de la Haute-Garonne dans l’organisation de la Résistance et du combat clandestin…

Il fut primordial. Je pense au réseau Françoise et à ses filières d’évasion, au réseau Morhange, unique en France, spécialisé dans l’élimination des collaborateurs et des agents de la Gestapo. Et bien sûr à François Verdier, chef des Mouvements unis de la Résistance dans le Sud-Ouest, qui a enduré toutes les tortures mais n’a jamais parlé. Je veux aussi faire connaître les actes de courage, de solidarité et de fraternité de simples citoyens qui ont pris des risques pour sauver des enfants juifs ou ravitailler des maquis. Plusieurs circuits existent pour les scolaires. L’idée est de les proposer au grand public aussi d’ici la fin de l’année, sous forme papier et numérique comme c’est déjà le cas pour le circuit Haute-Garonne Résistance, parcours en vingt étapes dans les rues de Toulouse. Notre démarche avec le Conseil départemental est de faire un "musée hors les murs" et de montrer les multiples aspects de Résistance au-delà de l’image du résistant, mitraillette Sten à la main. Pour moi, l’enjeu est aussi d’alerter les citoyens sur le risque d’effondrement d’un régime, la République, qui reste fragile. Le travail de mémoire interroge aussi le présent".

Collèges et médiathèques

Le livre sur le massacre de Marsoulas, réalisé par le conseil départemental en partenariat avec l’ANACR (Association des anciens combattants et amis de la Résistance de Haute-Garonne), sera disponible au musée de la Résistance et de la Déportation et distribué dans les collèges et médiathèques du département dès la fin du mois de février.
Propos recueillis
Tag(s) : #La Resistance et les Villes Médaillées, #Marsoulas, #Comminges, #Guerres, #Je suis Charlie
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