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Amendements organiques : le recul de l'élevage compromet les ambitions françaises
 

 Une étude publiée par le ministère de l'agriculture estime que le recul du cheptel français compromet la hausse de la part des fertilisants issus de ressources renouvelables prévue par le volet agricole de la feuille de route économie circulaire.

Amendements organiques : le recul de l'élevage compromet les ambitions françaises

Il sera difficile de faire progresser la part de fertilisants issus de ressources renouvelables, estime une étude prospective sur le potentiel d'utilisations des matières fertilisantes d'origine résiduaire (Mafor), publiée par le ministère de l'Agriculture. Le document, qui s'appuie sur trois scénarii, estime que la baisse tendancielle du cheptel français entraîne une réduction des effluents d'élevage qui ne pourra pas être compensée par la diminution des besoins en azote des plantes ou la collecte accrue des effluents industriels et urbains (les boues et effluents issus de l'industrie, les boues d'épuration urbaines, la fraction fermentescible des ordures ménagères, les déchets alimentaires et déchets verts collectés à la source, ou encore les déchets organiques des gros producteurs).

Cette étude est réalisée dans le cadre du volet agricole de la Feuille de route économie circulaire (Frec). Elle doit permettre aux pouvoirs publics de fixer un objectif national stratégique d'augmentation de la part de fertilisants issus de ressources renouvelables d'ici 2050.

Les Mafor couvre environ 20 % des besoins en azote

Il est difficile d'obtenir des données fiables sur l'utilisation des Mafor, tant les données sont disparates et dépendent des périmètres considérés. Un bilan dressé en 2014, estimait à environ 39 % la part de l'azote épandu provenant de sources organiques. En en 2017, on estimait à 27 % la part de l'azote commercialisé issu de sources organiques (soit environ 36 % des tonnages commercialisés aujourd'hui). Une autre approche montre que les apports de Mafor ne couvrent aujourd'hui que 20 % des besoins azotés des plantes (compte tenu des diverses pertes). Dans quelle mesure ces proportions peuvent-elles être augmentées ?

Pour répondre à cette question, l'étude propose trois scénarii. Le scénario « tendanciel » est basé sur une forte diminution du cheptel, une hausse du tri à la source des biodéchets, ou encore un développement du compostage et de la méthanisation. Le deuxième scénario, appelé « sobriété locale », table sur un fort développement de l'agriculture biologique et des légumineuses, une baisse du cheptel (sauf cheptel bovin), un retour à la polyculture-élevage, une hausse du tri à la source des biodéchets et du compostage, ainsi qu'un faible développement des filières de méthanisation. Quant au scénario « transition ambitieuse », conforme à la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), il propose une diminution du cheptel, un fort développement de l'agriculture biologique, une hausse du tri à la source des biodéchets, un fort développement des filières chaufferie-biomasse et méthanisation, et un faible développement du compostage.

Tous les scénarii anticipent un recul du cheptel

Quel que soit le scénario envisagé, « le pourcentage de fertilisation Mafor plafonne à son niveau actuel », explique l'étude. À chaque fois, la diminution du cheptel est en cause. « Les lisiers et fumiers produits représentent des gisements si importants que même une diminution du besoin en azote des plantes (sobriété locale) ou une collecte accrue des effluents industriels et urbains (transition ambitieuse) ne compense [pas le recul du cheptel] », résume l'étude.

 

 

Quel que soit le scénario envisagé, le pourcentage de fertilisation Mafor plafonne à son niveau actuel

 

 

Ministère de l'Agriculture

 

En l'occurrence, le rapport explique que les effluents d'élevage représentaient entre 95 et 98 % des apports en fertilisant sous forme de Mafor, et entre 52 et 74 % pour le seul cheptel bovin. Or les différents scénarii étudiés tablent sur un recul du cheptel. Le scénario « tendanciel » anticipe une stabilité en 2035 (par rapport à 2010) des cheptels de bovins à viande et de volailles et des baisses de 2 % pour les caprins, de 21 % pour les bovins à lait, de 35 % pour les ovins et de 56 % pour les porcins… Les autres scénarii tablent sur des baisses plus homogènes de l'ensemble des cheptels. Les diminutions sont comprises entre 4 et 40 % selon les espèces pour le scénario « sobriété locale » et entre 15 et 31 % pour le scénario « transition ambitieuse ». Avec ces deux scénarii, ce sont les volailles qui subissent la plus forte baisse des cheptels.

 

Conséquence de ces évolutions, l'étude estime que, pour les scénarii « tendanciel » et « transition ambitieuse », les gisements devraient juste couvrir les besoins de l'agriculture biologique, sur la base de l'objectif de la SNBC (25 % de la surface agricole utile en 2035, dont 15 % de grandes cultures). Le scénario « sobriété locale » n'y parvient pas et nécessiterait donc des importations de Mafor.

Certaines hypothèses sont pessimistes

Pour autant, des marges de manœuvre existent. Tout d'abord, « certaines hypothèses (…) sous-estiment sans doute la part de Mafor pouvant être épandues », admet l'étude, qui cite trois exemples : la prévision de diminution du cheptel est importante, l'amélioration des pratiques d'épandage et de la qualité des composts et digestats de méthanisation n'est pas prise en compte, tout comme la collecte séparée de l'azote (un gisement d'azote potentiellement intéressant). De même « le scénario "sobriété locale", surestime sans doute les besoins en azote des plantes ».

Ce sont d'ailleurs vers ces éléments que se tournent les auteurs au moment de formuler leurs recommandations. Les trois premières ont l'amélioration des pratiques d'épandage, le développement de la collecte séparée d'urines (après réalisation d'études préalable afin d'obtenir les autorisations de mise sur le marché) et le maintien de l'élevage. Sur ce dernier point l'étude plaide pour « des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement (élevage à l'herbe, extensif...) et l'orientation de la consommation française vers de la viande française ».

Une seconde série de mesures préconisées consiste à poursuivre l'effort initié dans trois domaines : développement des filières de légumineuses, la généralisation du tri à la source des biodéchets, et le développement du compostage et de la méthanisation.

2 réactions à cet article

 

C'est toute la filière qu'il faut réorganiser : relancer l'élevage, sur des bases saines, entre autres en limitant les importations de bidoche argentine ou autre, les importations de soja, la taille des fermes-usines, etc.

dmg | 05 février 2021 à 11h42

 

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La situation de déficit en matière organique des sols cultivés en intensifs ne risque pas de s'arranger avec la méthanisation agro-industrielle, fortement incitée fiscalement par l'Etat et certaines collectivités territoriales (régions, départements). Je ne comprends donc pas en quoi le troisième scénario "transition ambitieuse", qui cherche à maximiser la méthanisation, peut apporter une réponse satisfaisante à la problématique.
Sur l'axe consommation de viande française, 100 % d'accord sur le principe mais avec des bêtes bien élevées dans le plein respect de leurs exigences biologiques (bien-être animal), en AB, le plus possible dehors et à l'herbe et aux céréales en auto-consommation, abattues si possible sur l'exploitation par des professionnels compétents et dont la valeur ajoutée de l'élevage profite avant tout à l'éleveur, pas à la coopérative (qui n'en a souvent plus que le nom, tant il s'agit plus désormais que de trust financiers) du coin.
Ça existe un peu partout désormais, des éleveurs sans cesse plus nombreux ayant fait le choix de l'AB avec vente directe ou via circuits courts (AMAP, magasins bio départementaux, etc.). Et ils n'ont pas l'air de s'en plaindre, bien au contraire, ni les consommateurs.

Pégase | 08 février 2021 à 13h43

 

Tag(s) : #Agriculture, #Environnement
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