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Tribune signée Alain Desgranges, Ingénieur INSTN Saclay en génie atomique et membre de l’association PNC-France

Si elle est confirmée, cette nouvelle réjouira les opposants à l’énergie nucléaire et désolera les écologistes. Les vrais, ceux qui font de la lutte contre le réchauffement climatique leur priorité. Mais aussi tous ceux qui sont inquiets devant les conséquences d’une telle décision, quelles soient économiques, sociétales ou environnementales.

Alors que les alertes se multiplient pour dénoncer la politique énergétique hasardeuse du gouvernement, Barbara Pompili se rappelle au bon souvenir d’EDF dans une décision relative à l’arrêt anticipé de deux (ou quatre) réacteurs en parfait état de fonctionnent dès 2026.

La France a la réputation d’être l’un des pays les plus procéduriers au monde. Ainsi, après les lois, décrets, ordonnances et autres règlements, le bulletin officiel vient de publier le 18 mai une « décision » de la ministre de l’écologie en charge du climat (1) dont le seul objectif est de valider le plan stratégique d’EDF du 14 octobre 2020 qui prévoit à la demande de l’Etat les arrêts anticipés de quatre réacteurs à échéance des années 2025 et 2026 pour les deux premiers, 2027 et 2028 pour les deux suivants, c’est-à-dire demain (2) !…

Quels réacteurs ?

Ce choix serait fait parmi les réacteurs de Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines et Tricastin et ces arrêts ne conduiraient à la fermeture complète d’aucun site.

L’implantation d’EPR 2 sur les sites de Gravelines et Bugey (ou Tricastin), si elle se confirme, permettrait d’atténuer les conséquences sociales et économiques sur ces sites. Mais qu’en sera-t-il des autres ? Un élément de réflexion à proposer aux élus de ces territoires avec l’exemple désastreux des promesses de l’Etat non tenues à Fessenheim.

On notera que dans cette affaire, la ministre « oublie » dans sa décision de faire référence aux conditions qui accompagnent cette disposition dans le plan stratégique d’EDF. Notamment de procéder à l’arrêt définitif en 2027 / 2028 de deux réacteurs 900 MW, en anticipation de leur cinquième visite décennale sauf si leur fermeture conduisait à ne pas respecter les critères de sécurité d’approvisionnement

Barbara Pompili n’en est pas à son premier dérapage. On se rappellera en effet l’exploitation qu’elle a fait des résultats de l’étude de RTE (gestionnaire du réseau électrique) affirmant qu’une production d’électricité à 100% renouvelables était possible, « oubliant » au passage quatre conditions à remplir, inatteignables selon les auteurs de cette étude.

Risques majeurs

Or, dans le « même temps » cher au Chef de l’Exécutif, tous les spécialistes de ce sujet conviennent des risques qui pèsent sur l’approvisionnement en électricité ces prochains hivers.

Outre l’augmentation constante des besoins de cette énergie dont l’usage ne cesse de s’étendre avec le développement de la mobilité électrique, le chauffage des habitations, le numérique ou l’évolution démographique, la mise à l’arrêt programmé du nucléaire en Belgique comme en Allemagne et les arrêts concomitants des centrales au charbon Outre-Rhin, rendent le nucléaire de notre pays plus que jamais indispensable à la sécurité du réseau européen et à la fourniture d’une électricité décarbonée contribuant à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

Cette décision d’arrêt de quatre réacteurs supplémentaires qui s’ajouterait aux deux de Fessenheim déjà unanimement regrettée est, par voie de conséquence, irresponsable car contraire à ces objectifs.

Il ne fait guère de doute qu’elle serait susceptible, dans le cas où elle serait confirmée par le gouvernement, de relever d’un délit d’écocide.

L’histoire de l’arroseur arrosé qui se renouvelle ?

 

Tag(s) : #Energie
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