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Les professionnels de la forêt ont développé plusieurs outils pour tenter de prédire les impacts du changement climatique et s'y adapter. En parallèle et dans la même optique, l'ONF présente un nouveau concept, la "mosaïque de forêts".

Feux de forêt, sécheresse, parasites… avec le changement climatique, les forêts connaissent leur lot de bouleversements. D'après l'Office national des forêts (ONF), 30 000 hectares de forêts ont déjà dépéri ces quatre dernières années du fait de l'accélération du réchauffement climatique et de ses conséquences. La politique s'oriente donc vers la résilience et, dans le cadre du plan d'accompagnement du changement climatique proposé par le ministère de l'Agriculture, l'ONF privilégie une stratégie de migration assistée des espèces tout en essayant de conserver de la diversité dans les parcelles. Pour ce faire, l'Office, aidée du Centre national de la propriété forestière (CNPF), a développé ClimEssences, un nouvel outil pour aider les exploitants forestiers publics ou privés à s'adapter aux changements à venir. Il est accompagné d'une nouvelle stratégie de sylviculture appelée "mosaïque de forêts".

ClimEssences est une plateforme internet destinée en premier lieu aux pros et, en second lieu, à la sensibilisation du public. Une partie est donc en libre accès mais les outils les plus pointus sont réservés aux personnes ayant suivi une formation. Le site propose ainsi plusieurs outils, allant des fiches espèces au modèle de prévision en passant par une base de données comparative.

Modéliser les conséquences du changement climatique sur les forêts

Issu des recherches de l'ONF, l'indicateur Klima Struz (IKS, dont le nom est inspiré des langues d'Europe centrale et du breton) permet de visualiser sur des cartes les aires climatiquement compatibles avec différentes espèces d'arbres. Combiné aux prédictions du Giec, il permet de déterminer des aires de compatibilité prédictives pour 2100, en fonction du scénario choisi : actuel, pessimiste, moyen ou optimiste.

Pour ce faire, le modèle s'appuie sur trois facteurs : la sécheresse, la température minimale annuelle et la quantité de rayonnements reçus par les plantes. Toutes les zones où l'un de ces facteurs devient limitant sont considérées comme défavorables au développement de l'essence. Ce qui se traduit par des zones rouges et jaunes sur les cartes. Les autres, représentées en vert, sont estimées compatibles.

« Compatible ne signifie pas qu'il n'y aura pas de mortalité et non compatible ne signifie pas non plus que l'espèce va disparaître, avertit Alexandre Piboule, chargé de recherche et développement à l'ONF. "Il s'agit simplement du franchissement d'un certain seuil de risque » mais, en attendant, l'outil permet de visualiser quelles essences vont s'en sortir, comme le chêne qui ne semble pas craindre le réchauffement climatique, et lesquelles pourraient souffrir, comme le hêtre qui voit son aire de compatibilité se réduire comme peau de chagrin.

Caravane, une aide à la décision

La base de données Caravane est le second outil proposé aux professionnels. Elle contient actuellement 149 essences (bientôt 200) et propose plusieurs fonctionnalités. Chacune est minutieusement décrite dans des fiches espèces en différents chapitres, très complets, qui sont destinés à aider les professionnels dans le choix des essences à planter. Et, pour faciliter la navigation, le site propose de comparer les essences au regard de 37 critères permettant de décrire leurs exigences : conditions de production de bois, risques biotiques et abiotiques, services écosystémiques, etc. Pour chacun de ces critères, les essences se voient attribuer une note allant de A à D. Il est même possible d'affiner sa recherche avec des paramètres avancés et de comparer côte à côte plusieurs espèces, ce qui devrait permettre aux forestiers de « faire des choix d'essences raisonnés ».

Avec un tel outil, on pourrait craindre une perte de diversité dans les forêts françaises, en choisissant toujours les essences qui seront les plus adaptées au changement climatique. « Le bon sens du forestier doit toujours être présent pour analyser les résultats proposés »', souligne Eric Paillassa, ingénieur en charge du changement climatique au CNPF, afin d'éviter cet écueil. « On ne remplace pas toute la forêt française, rassure-t-il. Quand il n'y a pas de dépérissement, il faut essayer de maintenir les écosystèmes en place. Nous comptons également sur la diversité génétique de nos peuplements pour s'adapter au climat ». Et d'ajouter qu'il est indispensable de "limiter la concurrence pour l'eau entre les arbres en diversifiant les modes de gestion pour renforcer la mosaïque de peuplements français".

Un outil pour les générations futures

 

   
Le projet "forêt mosaïque" est une expérimentation sur de petites surfaces qui vise à conserver la diversité des essences et à adapter la gestion aux défis du changement global© ONF
 
   

 

Dans le cadre du plan d'accompagnement du changement climatique, l'ONF propose d'ailleurs une expérimentation pour renforcer la diversification des essences. Le but est de gagner en résilience et en résistance, tout en conservant les services écosystémiques. Sur une petite surface, l'idée est de créer une mosaïque de gestion avec des zones de régénération naturelle et des milieux ouverts, entourés de plantations de différentes essences et d'arbres adultes. Dans ces parcelles, des "îlots d'avenir" sont également expérimentés avec des essences qu'on ne trouve pas actuellement en France mais qui pourraient être adaptées aux climats futurs. « Ces îlots vont alimenter les recherches des futures générations de forestiers, explique Dominique de Villebonne, adjointe au directeur de la direction Forêts et risques naturels de l'ONF. C'est une première brique qui va nécessiter d'autres efforts ».

Tag(s) : #Environnement
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