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Dans sa dernière expertise collective, l'Inserm met en évidence de nouveaux liens entre pesticides et pathologies du fait de l'exposition professionnelle. Il confirme des liens déjà établis en 2013 dans son précédent rapport.

En 2013, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiait sa première expertise collective sur les liens entre les pesticides et les effets sur la santé. Ce mercredi 30 juin, l'établissement public a présenté son nouveau rapport basé sur plus de 5 300 documents scientifiques internationaux analysés. L'Institut a été saisi en 2018 par cinq directions générales ministérielles afin qu'il réactualise cette expertise et y inclue de nouvelles thématiques. Son rapport est composé de « plus de 1 000 pages, réalisé par une dizaine d'experts, pendant trois ans de travail », a indiqué Laurent Fleury, responsable du pôle expertises collectives de l'​Inserm. « On a regardé toutes les pathologies qui pouvaient être en lien avec les expositions aux pesticides au niveau épidémiologique et toxicologique. L'objectif est d'éclairer les décideurs avec les données scientifiques mises à jour », a-t-il souligné.

Côté méthodologie : les experts ont évalué s'il y avait une présomption de lien entre l'exposition aux pesticides et la survenue d'une pathologie, à partir des résultats des études épidémiologiques. Cette présomption est qualifiée par les experts selon trois niveaux : « forte, moyenne ou faible ». Ces résultats ont ensuite été mis en perspective avec ceux des études toxicologiques, afin d'évaluer « la plausibilité biologique des liens observés ».

Agriculteurs : des effets sur la santé respiratoire et les troubles cognitifs

Par rapport à l'expertise de 2013, les chercheurs ont ajouté dans leur analyse des pathologies pour lesquelles des données sont désormais disponibles, notamment « les pathologies respiratoires, les cancers du rein et de la vessie, ainsi que les sarcomes des tissus mous », a précisé Isabelle Baldi, médecin épidémiologiste et professeure « Santé au travail » à l'Université de Bordeaux.

En 2013, l'Inserm avait déjà conclu à une « présomption forte » de lien entre l'exposition professionnelle à certains pesticides et trois types de cancers (cancer de la prostate, lymphomes non hodgkiniens (LNH), myélomes multiples), ainsi que la maladie de Parkinson. Les chercheurs mettent désormais en évidence « une présomption forte » pour deux pathologies supplémentaires chez les agriculteurs : les troubles cognitifs et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)/bronchite chronique.

Ainsi, l'Inserm a fait passer de « moyenne à forte » la présomption de lien entre les troubles cognitifs chez les agriculteurs et leur exposition aux pesticides, principalement pour les produits contenant des substances organophosphorées ou les pyréthrinoïdes. Pour les « riverains de zones agricoles ou la population générale », pris en compte par les études les plus récentes, l'expertise conclut « à une présomption moyenne » des troubles cognitifs.

« Nous avons mis en évidence un lien renforcé entre l'exposition aux pesticides et les troubles cognitifs chez les adultes ainsi que les troubles anxio-dépressifs chez les adultes et les professionnels. On a aussi trouvé des liens par rapport aux cancers du rein et de la vessie ainsi que les sarcomes, avec un niveau de présomption moyenne. Le lien qui avait déjà été investigué en 2013 sur les tumeurs du système nerveux central se trouve également renforcé dans cette nouvelle expertise avec un niveau de preuve moyen », a expliqué l'experte Isabelle Baldi.

Par ailleurs, concernant les pesticides à base de glyphosate, l'expertise conclut à une présomption moyenne de lien avec les lymphomes non hodgkiniens (LNH). Tandis qu'une présomption forte est démontrée entre l'exposition au chlordécone (rémanent) de la population générale et le risque de survenue de cancers de la prostate.

Les leucémies aiguës investiguées chez les enfants

Pour les enfants de femmes exposées professionnellement ou dans le cadre d'un usage domestique durant la grossesse, le lien de présomption forte est mis en évidence pour certains cancers tels que les leucémies aiguës (de type myéloïde par exemple) ou les tumeurs du système nerveux central. Idem pour les troubles du développement neuropsychologique et moteur de l'enfant. Il existe également une présomption moyenne pour la « leucémie aiguë lymphoblastique » de l'enfant « en cas d'exposition professionnelle » du père « en période préconceptionnelle », a souligné Stéphanie Goujon, épidémiologiste et statisticienne. Néanmoins, « ce lien est à confirmer avec de nouvelles études ».

Les ONG et les fabricants de pesticides réagissent

L'ONG Générations Futures a salué les conclusions de cette nouvelle expertise collective. « La précédente expertise de l'Inserm date d'il y a déjà 8 ans et cette dernière était déjà très conclusive sur le lien entre pesticides et certaines pathologies comme Parkinson ou LNH. La nouvelle expertise renforce globalement ces conclusions. Il est donc plus que temps pour le gouvernement d'agir vraiment pour une réduction forte de l'usage des pesticides, ce qu'il a échoué à faire jusqu'à présent, faute d'une réelle volonté politique », a déclaré François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.

« La grande majorité des substances actives présentant des liens avec des pathologies ne sont aujourd'hui pas ou plus autorisées sur le marché français pour des usages agricoles, démontrant clairement la robustesse du cadre réglementaire en vigueur pour les produits phytopharmaceutiques », réagit de son côté l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) qui regroupe les fabricants de produits phytosanitaires.

Tag(s) : #Environnement, #Agriculture
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