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Publié le 16/07/2014 à 03:49, Mis à jour le 16/07/2014 à 08:16

Environnement

Une Apis Mellifera butinant dans la région de Toulouse /Photo DDM.

Une Apis Mellifera butinant dans la région de Toulouse /Photo DDM.

14 milliards d'abeilles ont été tuées en France depuis 10 ans. Une surmortalité, accrue l'hiver dernier, qui inquiète les apiculteurs de Haute-Garonne. Paradoxalement, ça se passe mieux à Toulouse que dans le monde rural.

«Si les abeilles venaient à disparaître, les hommes n'auraient plus que quatre années à vivre». La mise en garde d'Albert Einstein n'a jamais autant été d'actualité. En Europe, 30% des abeilles meurent chaque année. Comme partout ailleurs, les apiculteurs de Haute-Garonne tirent la sonnette d'alarme : «on assiste à une mortalité annuelle de 20% à 30% au lieu des 10% considerés comme naturels» explique Jean Fontayne, président du Syndicat apicole méridional (Sam), qui regroupe 520 apiculteurs en majorité haut-garonnais.Le risque est avant tout écologique car sans les abeilles, pas de fécondation des fleurs par le pollen, donc ni fruits, ni légumes. Selon l'Institut National de Recherche Agronomique (Inra), la production de 84% des espèces cultivées en Europe dépend à plus de 90 % des abeilles. «Sur une seule de ses pattes postérieures, l'abeille transporte 500 000 grains de pollen», témoigne Maurice Cabelguenne, apiculteur toulousain et ancien ingénieur de l'Inra.

Un hiver très meurtrier

Au-delà du spectre d'une catastrophe écologique et humanitaire, l'économie risque aussi d'être touchée. L'impact des pollinisateurs représente 10 % du chiffre d'affaires de l'ensemble de l'agriculture au niveau mondial. La baisse des récoltes agricoles due à l'extinction de la biodiversité se répercutera en termes d'emplois et les coûts des produits alimentaires risquent d'augmenter. «L'hiver dernier a été le plus meurtrier de tous pour nos abeilles» se désole Jacques Dupuy, le président du Groupement de défense sanitaire apicole en Haute-Garonne. «Huit de nos quinze ruches sont mortes. 55% de notre cheptel !» témoigne Jacques Bompyerre, apiculteur de 63 ans.

Pesticides et frelons asiatiques font des ravages

Sur le banc des accusés, les principaux suspects sont les pesticides. «Quand une abeille entre en contact avec un produit, l'effet est immédiat : désorientée, elle ne retrouve plus la ruche et meurt» explique M. Cabelguenne. Autre cause : le frelon asiatique. «C'est un véritable fléau, un carnassier redoutable» témoigne-t-il. Les abeilles, dont le système immunitaire est affaibli par les pesticides, résistent également de moins en moins bien au Varroa Destructor, un parasite acarien.En voie de disparition, les abeilles ne sont par encore sorties d'affaire.


Les ruches urbaines, une solution ?

«Les colonies d'abeilles vivent aujourd'hui mieux en ville». Si l'affirmation de Jean Fontayne, président du Syndicat Apicole Méridional peut surprendre, elle dévoile l'effet dévastateur des pesticides agricoles. En raison de l'absence de traitements phytosanitaires lourds, d'un taux d'humidité atténué et d'un enchaînement de floraisons plus régulier, la mortalité des abeilles «citadines» demeure faible.

50 ruches sur les toits de Toulouse

Depuis le lancement du programme national «Abeille sentinelle de l'environnement» par l'Unaf (Union Nationale de l'Apiculture Française)en 2005, les ruchers dits «en ville» se multiplient sur le territoire. Avec plus de 50 ruches sur ses toits, Toulouse ne fait pas exception. Sans compter les nombreuses ruches de particuliers, les avettes bourdonnent sur les toits d'entreprises telles que «GRDF», «Véolia», le magasin «Botanic» à Labège ou encore à Blagnac, sous l'égide de la municipalité. 300 000 abeilles de six ruches vivent dans le parc public des Ramiers, après avoir été installées en 2008 dans le parc du Ritouret, près d'Odyssud. «La biodiversité dans notre ville est réelle, les jardins publics et privés, les fleurs de balcons et les bords du canal sont autant de ressources pour les abeilles» atteste Jean Fontayne.

La fin des prairies urbaines inquiète

«Notre seule crainte est la fin des prairies urbaines» confie le président du Sam, expliquant qu'en laissant le cycle du vivant aller à son terme, on permet aux abeilles de récolter le nectar et le pollen nécessaires à leur survie. L'ancienne élue écologiste, Michèle Bleuse, affirmait déjà qu'en préservant la nature, on préserve en même temps «l'environnement humain». Considérant ces espaces de détente comme un «laisser-aller végétal», la nouvelle municipalité envisagerait de mettre fin à cette biodiversité. En 2011, la ville rose avait été élue capitale française de la biodiversité pour sa gestion des espaces verts.Pour Axel Decourtye, les ruches des toits ne suffisent pas car le nombre d'abeilles en danger est trop important. Selon ce chercheur de l'Institut des filières animales et végétales (Acta), les pouvoirs publics sont de plus en plus concernés : «Nous sommes parvenus à faire interdire le Cruiser OSR en 2012, un pesticide tueur d'abeilles. C'était pourtant impossible de nous faire entendre il y a encore quelques années».


Le chiffre : 50

RUCHES URBAINES> Toulouse. Selon Henri Clément, responsable du projet «Abeille sentinelle de l'environnement», plus de 50 ruches seraient perchées sur les toits et au sein des jardins de la ville de Toulouse.

Jérémie Cazaux

Tag(s) : #le Japon et le nucléaire
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