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Marsoulas - Le massacre dans l'ombre d'Oradour

 

Publié le 13/06/2014 à 09:31

Commémoration

Jean-Pierre Blanc devant l'exposition des villes médaillées de la Résistance./ Photo DDM, Zoé Gautier

Jean-Pierre Blanc devant l'exposition des villes médaillées de la Résistance./ Photo DDM, Zoé Gauthier

Demain, à Marsoulas, 70 ans après, chacun se souviendra de cette sinistre journée de 1944 au cours de laquelle 27 habitants ont été froidement abattus.

À voir Marsoulas si calme hier sous le soleil commingeois, dans ce paysage tranquille de collines du piémont, comment peut-on imaginer qu'il y a 70 ans, presque jour pour jour, le ravissant village commingeois baignait dans le sang et, martyr, vivait une horreur qui, longtemps, l'a hanté ? Ici 27 habitants, 11 enfants, 6 femmes et 10 hommes sont tombés sous les balles le 10 juin 1944. Jean-Pierre Blanc avait 3 ans et se souvient encore de ses cousins germains, des jumeaux de 5 ans, tués ce jour-là, chacun d'une balle dans la tempe. Comment vivre après ?

L'homme fut longtemps maire de Marsoulas, son père était maire au moment des faits et a survécu à cet épisode terrifiant. «Notre histoire, affirme aujourd'hui Jean-Pierre Blanc, n'a rien à voir avec le débarquement. Cette zone entre Comminges et Ariège était truffée de maquisards. Le 10 juin, il pleuvait. Une colonne allemande est venue chercher des maquisards qui avaient fait prisonniers 4 Allemands. Sur le toit d'une maison du village, deux maquisards étaient embusqués. Ils ont lancé une grenade et tiré au fusil. Cela a déclenché le massacre. Les soldats ont entouré le village et tué tous ceux qu'ils trouvaient dans les maisons. Certains ont pu se cacher voire s'enfuir. 27 habitants y sont restés sur les 120 que comptait la commune».

Un si long traumatisme

À l'horreur de cette journée, ont succédé 20 années de deuil. «Jusque dans les années soixante, il n'y a plus eu de fête locale, de mariages, de naissances. On ne se retrouvait qu'à la Toussaint autour du mémorial bâti dès 1946». A Marsoulas, il a fallu réapprendre à vivre.

Alexandre Ader, le maire est beaucoup trop jeune pour avoir vécu ce moment. Mais son père est aussi un survivant du massacre. «J'ai grandi avec cette histoire, nous disait-il, hier en préparant les cérémonies qui auront lieu demain (lire encadré). Je n'ai jamais manqué une commémoration et je continuerai à les organiser même quand il n'y aura plus de témoin de ce moment».

Marsoulas fait partie des villes qui ont reçu la médaille de la Résistance (comme Caen, Brest ou Lyon) et la Croix de Guerre. L'exposition nationale qui présente cette douzaine de villes en France est actuellement présentée dans la salle des fêtes du village commingeois. Et une autre exposition retrace cet épisode du 10 juin 44, réalisée par Jean-Pierre Blanc qui a aussi écrit un livre sur le sujet, avec certaines photos crues qui témoignent de ces heures inhumaines sur lesquelles tous ici continuent à s'interroger. «Comment un homme, peut-être père de famille, peut-il tuer froidement des enfants ?». Une question qui n'aura jamais de réponse.


Deux ministres pour la cérémonie

La cérémonie du souvenir du 70e anniversaire, demain matin à Marsoulas verra pour la première fois l'accueil dans la commune de deux ministres, Kader Arif, secrétaire d'État chargé des anciens combattants et de la mémoire, et Carole Delga, secrétaire d'État au commerce et à l'artisanat, élue du Comminges et qui vient tous les ans à Marsoulas. À l'issue d'une messe, la cérémonie commémorative débutera à 11 h 15 au mémorial. Elle sera suivie de l'inauguration de l'exposition sur le massacre du 10 juin 1944.

Jean-Christophe Thomas

 

 

Marsoulas : l'hommage national au village martyr

Publié le 14/06/2014 à 07:57

Le monument des fusillés, martyrs de Marsoulas./photo DDM

Le monument des fusillés, martyrs de Marsoulas./photo DDM

Il y a 70 ans, le 10 juin 1944, 27 personnes étaient froidement abattues dans le village de Marsoulas (Haute-Garonne) par les SS de la division Das Reich. Un hommage national a lieu aujourd'hui.

Kader Arif, secrétaire d'État chargé des Anciens combattants et de la Mémoire, préside aujourd'hui à Marsoulas en Haute-Garonne, une cérémonie commémorative du massacre du 10 juin 1944. Il y a 70 ans en effet, un tiers des habitants de ce village (des hommes, des femmes et des enfants) ont été exécutés par les SS de la division Das Reich qui remontait vers le Nord de la France. À cette occasion le village de Marsoulas recevra le drapeau des villes médaillées de la Résistance.

Vous présidez aujourd'hui la cérémonie de commémoration du massacre de Marsoulas. Par devoir de mémoire ?

Le village de Marsoulas fait partie de ces lieux en France qui marquent de manière très forte l'horreur de ces chemins de la mort que portent les Nazis. C'est la même division Das Reich qui a commis les atrocités à Oradour-sur-Glane, où j'étais il y a quelques jours, ou Tulle. Nous devons aux victimes un devoir de mémoire.

Quel message souhaitez-vous faire passer ?

Je pense qu'il existe un nécessaire devoir de transmission. Je fais partie des gens qui considèrent que l'histoire peut se renouveler. Au moment ou je vous parle, il faut écraser, aussi petites soient-elle, les graines fascisantes que l'on peut voir poindre cà ou là, en particulier sur le territoire européen. Rappeler cette histoire, c'est se dire qu'il ne faudrait pas à nouveau la connaître alors que des nuages lourds planent encore au dessus sur nos têtes.

Centenaire de la guerre de 14-18, débarquement en Normandie. La France aime les commémorations ?

Il faut d'abord se féliciter de cette formidable appétance de nos concitoyens à l'égard de cette mémoire, de cette histoire. Même si notre pays à parfois du mal quand à sa mémoire, pas toujours apaisée, il faut travailler en toute transparence, sans repentance, avec davantage de vérité sur cette mémoire là. C'est essentiel pour que cette transmission puisse s'opérer, notamment auprès des plus jeunes de nos concitoyens. J'ai souhaité que le cycle mémoriel soit populaire. D'où l'idée de s'appuyer sur les sports, avec ces forces spéciales qui ont amené le Brennus pour la finale du TOP 14, où les trois étapes du Tour de France qui seront consacrées à la guerre. C'est une façon de préserver et de transmettre notre mémoire collective.


Journée du souvenir

Le10 juin 1944 à Marsoulas, 11 enfants, dont des jumeaux âgés de cinq ans, 6 femmes et 10 hommes ont été froidement exécutés par des soldats SS de la Division Das Reich en représailles à une attaque des maquisards. Une exposition retrace cet épisode terrifiant. Elle sera inaugurée par le secrétaire d'Etat chargé des Anciens combattants à 12h15, en présence de la nouvelle secrétaire d'Etat au commerce et à l'Artisanat, Carole Delga.

La cérémonie commémorative débutera à 11h15 au mémorial.

S.B

 

 

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10 juin 1944 : des dizaines de civils massacrés à Marsoulas, Bagnères-de-Bigorre et Pouzac

L'Histoire a surtout retenu le drame d'Oradour-sur-Glane mais le 10 juin 1944, la division Das Reich massacrait des dizaines de civils en Midi-Pyrénées, en représailles d'actes de résistance. Dans les secteurs de Marsoulas, on compte 32 victimes, et 57 vers Bagnères-de-Bigorre et Pouzac.

  • Par Véronique Haudebourg
  • Publié le 10/06/2014 | 10:19, mis à jour le 10/06/2014 | 18:37
Les waffen-SS de la division Das Reich © Zschäckel, Friedrich / Archives fédérales allemandes
© Zschäckel, Friedrich / Archives fédérales allemandes Les waffen-SS de la division Das Reich

Le destin de Marsoulas, dans le Comminge a basculé le même jour que celui d'Oradour-sur-Glane. Le 10 juin 1944, en moins d'une heure, les hommes de la division Das Reich pénètrent dans le village. Ni les femmes ni les enfants ne seront épargnés. Le bilan est terrible : 12 enfants, 6 femmes et 9 hommes tués soit un tiers de la population.

Le 10 juin au soir, le sous-préfet de Saint-Gaudens, se rend à Marsoulas et prend des photographies des victimes. Ces éléments seront produits lors du procès de Nuremberg, puisque le village fait partie des crimes nazis jugés devant le tribunal international.

Marsoulas, 70 ans après

Marsoulas reste encore aujourd’hui n’est malheureusement pas une exception. 

Entre le 10 et le 12 juin également, à Bagnères-de-Bigorre, Pouzac et Trébons dans les Hautes-Pyrénées, Pas moins de 57 civils sont massacrés dont 32 à Bagnères. Là-aussi, ni les femmes ni les enfants ne sont épargnés. Les expéditions punitives de Das Reich contre les actes de résistance feront aussi une centaine de victimes dans les vallées.

Tag(s) : #La Resistance et les Villes Médaillées
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