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Comment créer des forêts moins vulnérables aux incendies ? Penchons-nous sur l’extrème opposé des vieilles forêts, la forêt landaise, constituée dans sa très grande majorité de monocultures de Pins maritimes. Marc André Selosse (est-il encore besoin de le présenter?) dit sur un Post de Linkedin à propos de la forêt landaise : « Ce qui a brûlé cet été (je redis ici mon hommage aux soldats du feu et aux victimes), c’est ce que nous avons construit. » Il soulève l’idée d’un paysage landais en mosaïque, plus diversifié dans ses essences, ses structures et ses usages. Et Thierry Thevenin de commenter : « Saisissons l’opportunité des terres artificielles brûlées pour en faire le plus grand « parc-laboratoire » d’Europe et pour éviter de reproduire les erreurs du XIXe et XXe siècles ».
Pour répondre à quelques arguments des journalistes de grands médias cités plus haut (voir l'actu), le problème n’est pas l’évolution naturelle mais la malforestation. Les forêts « sous cloche » n'existent pas, l'écosystème est en évolution permanente et cette expression est utilisée pour faire peur. Le problème n’est pas que les écolos empêchent l’existence de coupe feux dans la forêt landaise, mais les propriétaires eux mêmes qui exigent une indemnisation pour que leur capital sur pied ne disparaisse pas au nom des feux de forêt. Logique … mettons-nous à leur place ! Les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) n’entrent pas en conflit avec la protection d’espèces, les 2 sont compatibles et les « ONG écolos » demandent déjà de ne pas intervenir en période de nidification pour les travaux.
Aucune interrogation de ces journalistes sur la méthode sylvicole coupe rase/dessouchage/plantation dans les Landes de Gascogne, et la gestion des catastrophes précédentes. Après les tempêtes de 1999 et 2009 et la canicule de 2003, quels ont été les enseignements, et les changements dans la forêt des Landes ? Réponse : les itinéraires sylvicoles ont continué à préconiser la plantation des pins en monoculture, véritable boîte d’allumettes. Voici un vrai sujet, qui fait qu’on en est là, malheureusement !
Déjà, lors de l'énorme incendie de 1949 qui ravagea 50000 ha de forêt landaise, le secrétaire général du syndicat des sylviculteurs rappelait que les sylviculteurs et lui même recommandaient depuis longtemps la "reconstitution des chênaies d'autrefois" dans les parages des maisons d'habitations, "le chêne offrant au feu une résistance beaucoup plus grande que le pin." (Le Monde, 25 Août 1949, voir l'actu). Ces alertes ne datent donc pas d'hier ...
Nous le savons depuis longtemps, « les dégâts causés par des catastrophes telles que tempêtes ou incendies dépendent en partie des essences forestières présentes. Les essences résineuses inflammables devraient être proscrites en plantation « en grand » (cèdres, Cedrus atlantica et C. libani ; calocèdre, Calocedrus decurrens ; pruche, Tsuga heterophylla ; plusieurs pins, genre Pinus). » (source : Livre blanc de la Société Botanique de France, page 77).
Dans les Landes, ce qui brûle d’abord, ce sont les fougères sèches, or elles longent la plupart des routes, petites et grandes, à travers toute la forêt. Lorsque le vent fait passer les flammes dans les houppiers résineux plantés en ligne, les choses s’accélèrent très rapidement. |
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Fougères sêches en bord de route jouxtant une jeune plantation de pins en monoculture, département des Landes, été 2026 |
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l'Incendie (DFCI)Autre sujet de crispation, les entreprises de travaux forestiers (ETF) subissent de nombreuses dégradations sur leurs matériels. Elles annoncent près de 400 actes contre leurs engins en Nouvelle Aquitaine en 4 ans qui vont du graffiti à l’incendie. Les Associations de Protection de la Nature et de l’Environnement (APNE) sont pointées du doigt. L’accusation est d’agir directement ou de créer une ambiance permettant le passage à l’acte. Récemment, Alexis Ducousso, ingénieur de recherches à l’Inrae Bordeaux-Aquitaine, a mené l’enquête durant 1 an et demi auprès des APNE. Un article très instructif dont les conclusions montrent que ces modes d’action sont très éloignés de ceux des organismes visés et de leurs personnels (voir l’actu).
Il serait temps de dépasser ces querelles, de chercher à travailler ensemble en se basant sans faux semblant sur les apports de la littérature scientifique en écologie forestière, qui aujourd’hui, ne parviennent que peu ou pas aux décideurs et aux gestionnaires et sont peu pris en compte dans les documents de planification. Il serait temps d'agir pour que Défense des Forêts Contre l'Incendie (DFCI), atténuation du changement climatique, exploitation du bois et préservation de la biodiversité puissent aller de pair. |
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Vieille hêtraie sapinière de montagne, Comminges |
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Revenons maintenant aux réalités politiques de ces derniers mois, dans un contexte où il est pourtant impossible d’ignorer les impacts du réchauffement climatique.
Le projet E-cho à Lacq (Pyrénées Atlantiques), qui vise à produire du E-kerosène, a été déclaré « projet d’intérêt national majeur » ce mois de Juillet (voir l’actu). La réponse de la société civile ne s'est pas faite attendre : un recours pour excès de pouvoir a été déposé le 7 Septembre devant le Conseil d'État par plusieurs organismes et collectifs (voir l'actu). 972m3 de prélèvement brut d’eau/heure, 300000 tonnes de bois par an dont on nous dit qu’une majorité serait issue de connexes et résidus (trouvés où, avec un marché déjà saturé ?), 2 milliards d’euros d’investissement, un rayon d’approvisionnement jusqu’au Périgord et à la Méditerranée, des rejets considérables de gaz à effet de serre, pour produire 1 % du besoin en carburant d’aviation des aéroports français … c’est ça, la transition écologique à la française ?
Le chantier LGV Bordeaux-Toulouse quant à lui, émettrait 2 à 4 millions de tonnes de CO2, coûterait jusqu’à 20 milliards d’euros. Il omet toute considération envers la biodiversité, rompant des corridors écologiques, empêchant la circulation des mammifères et le brassage génétique. Le tracé de la LGV aurait des impacts désastreux en défrichant 3000 ha de forêts, en traversant 8 zones natura 2000 où vivent des espèces protégées, ainsi que la vallée du Ciron : la forêt ancienne qui s’y trouve, ancienne de 40000 ans, voit son écosystème menacé (voir l’actu, et le lien vers l’excellent documentaire réalisé par 3 étudiants bordelais). La LGV veut compenser. Laissons la parole à Philippe Barbedienne (association Sepanso) : « Les compensations, ça ne sert qu’à une seule chose, à donner bonne conscience à ceux qui vont les faire … comment pouvez-vous compenser une coupure, une fragmentation de territoire, c’est impossible ! »
Connaissez-vous Christophe Cassou, Directeur de recherche du CNRS au Laboratoire de Météorologie Dynamique à l'École Normale Supérieure, auteur principal du 6e et du 7e rapport du GIEC ? Il vise ceux qui décident des trajectoires de la société actuelle dans la sphère politique : « Les parlementaires sont les fossoyeurs de notre sécurité sanitaire, alimentaire, économique et sociale d'aujourd'hui au regard du danger climatique. Alors qu'un sursaut responsable s'impose, ils décident de creuser davantage la fosse dans un mépris décomplexé qui angoisse. Je suis désabusé, triste, en profond désarroi, en colère. Les feuilles tombent un 14 juillet. Est ce que les parlementaires et "décideurs" le voient? ».
Citons également un ami des forêts dont je tairai le nom : « Il y a en France un mélange d’ignorance, de bêtise, de lâcheté, d’obscurantisme entretenu par un État impotent soit disant protecteur, qui nuit à la prise de conscience et à la construction de la responsabilité individuelle. On pourrait donner mille exemples, c’est un comble ! C’est pourquoi, à la manière d’un troupeau de moutons et malgré les multiples alertes tragiques, nous ne sommes toujours pas capables de refuser l’effondrement environnemental et de proposer un autre chemin, un autre modèle de société basé sur la sobriété et la robustesse. »
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Réunion publique d'information à La Barthe-de-Neste organisée par TMPF Pyrénées pour présenter les incohérences du projet E-cho (250 personnes) |
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