Samedi et Dimanche 28-29 mars 2026
Salle des Fêtes de Mane
Le CONCERT, en participation libre, diffusera une oeuvre de J.-C. Éloy
sur un ensemble de haut-parleurs autour du public.
Le 19 novembre dernier, le compositeur Jean-Claude Eloy nous a quittés à l'âge de 87 ans. Formé auprès de figures célèbres - Messiaen, Boulez, Stockhausen -,
acclamé très jeune sur les scènes internationales, il a vite tracé son propre chemin :
celui d'une musique qui tente de faire se rencontrer l'Orient et l'Occident.
Plutôt une hybridation qu'une absorption.
Une musique où le temps s'étire, où l'on cesse de compter les minutes pour entrer dans une durée plus ample - comme quand on s'arrête au milieu d'un champ pour écouter le vent, un orage au loin,
le battement d'une cloche.
...Mais en même temps, peut-on décrire une musique telle que celle-là avec des mots ?
Comme le dit Jean-Claude Éloy en 1989 :
"J’ai donné, jusqu’à ce jour, exactement cent conférences (la grande majorité en Amérique et en Asie), centrées de manières diverses autour de mon travail de compositeur. L’une d’elles avait lieu à Madras, en Inde, devant un auditoire de professeurs et élèves en musique karnatique du Sud. Les magnétophones refusant obstinément de démarrer, je me voyais obligé de parler deux heures sans aucun exemple audible ! Avant de commencer, je demande : « Que savez-vous de la musique moderne occidentale ? » Réponses : « Beethoven... Brahms... ». Ils ne connaissaient ni Debussy, encore moins Schoenberg, Bartók, etc. J’essayai alors de faire un exposé aussi clair que possible sur les différences de natures entre le processus historique fortement « statique » de l’évolution de la musique (traditionnelle) en Inde et en Asie, et les processus « dynamiques » de l’histoire occidentale (remise en cause de l’héritage, du maître, etc...). Successivement, j’expose le principe des modulations accumulées qui mènent à l’atonalisme ; la progressive dilution de la fonction thématique ; la libération du rythme par l’évolution vers les valeurs irrationnelles, etc., jusqu’à une explication aussi concrète que possible des nouveaux instruments, menant bien sûr à une description générale des outils et des manipulations de « sons complexes » dans les studios électro-acoustiques. À la fin, je me livre au rituel des « questions » de l’auditoire... Un homme se lève et me dit : « Could you sing a little bit of your electronic music, so that we could understand the melody of it ?... » [« pourriez-vous nous chanter un peu de votre musique électronique, afin de pouvoir comprendre sa mélodie ?... »]. Très embarrassé, je tente d’expliquer à cet homme combien cela est impossible ; que la nature des processus électro-acoustiques engendre des sons pratiquement inimitables par ma voix, etc... Mais tout en parlant, je voyais ses yeux indiens devenir de plus en plus noirs, et je sentais ce qui se passait dans sa tête : « quel est donc ce bonhomme qui vient nous parler pendant deux heures de musique, et qui n’est même pas foutu de nous chanter la sienne ! »...
Depuis cette aventure cocasse, je considère que le « mot » en musique, n’est rien, et que l’abus qui en est fait aujourd’hui, dans la musique contemporaine, ne peut que mener aux incompréhensions et aux absurdités."
Albèra, Philippe, éditeur. « Jean-Claude Eloy ». Musiques en création, Éditions Contrechamps, 1989