Le confort d'été s'impose désormais comme l'un des nouveaux enjeux de la rénovation énergétique. Alors que les épisodes de canicule se multiplient, la capacité d'un logement à rester habitable lors des fortes chaleurs est désormais aussi importante que sa performance en hiver.
Les épisodes de fortes chaleurs ne sont plus exceptionnels. Désormais plus précoces, plus fréquents et plus intenses, ils interrogent la capacité du parc immobilier français à offrir un confort acceptable en période estivale.
Longtemps associée principalement aux économies de chauffage hivernales, la rénovation énergétique apparaît aujourd'hui comme un levier d'adaptation au changement climatique. Isolation, protections solaires et ventilation contribuent en effet à limiter les phénomènes de surchauffe dans les logements tout en réduisant les besoins de climatisation.
C'est ce que met en avant le collectif Rénovons, coordonné par le réseau Cler, qui s'appuie sur plusieurs travaux de recherche consacrés au confort d'été dans les bâtiments.
Une rénovation globale pour limiter durablement les surchauffes
Selon le collectif, les meilleurs résultats sont obtenus dans le cadre d'une rénovation énergétique globale combinant plusieurs leviers :
- une isolation performante
- des protections solaires extérieures
- une ventilation mécanique adaptée
L'objectif n'est pas seulement de réduire les consommations énergétiques, mais aussi de maintenir des températures intérieures plus stables lors des épisodes de canicule.
L'isolation reste le premier rempart contre la chaleur
Comme elle limite les pertes de chaleur en hiver, l'isolation freine également la pénétration de la chaleur en été.
En réduisant les transferts thermiques à travers les murs, la toiture ou les planchers, elle contribue à limiter l'élévation de la température intérieure pendant les périodes les plus chaudes.
Selon les travaux présentés par le collectif Rénovons, une isolation performante permet de réduire jusqu'à 5 °C la température intérieure au moment le plus chaud de la journée et de diviser par trois le nombre de jours de chaleur excessive dans le logement*. Dans les logements très mal isolés, parfois qualifiés de « bouilloires thermiques », où la température intérieure peut atteindre voire dépasser celle de l'extérieur, les bénéfices sont encore plus importants.
Les simulations thermiques réalisées par le centre de recherche TIPEE sur des combles non isolés équipés de protections solaires, dans le sud de la France, illustrent ces écarts.
Sans rénovation, elles montrent un inconfort thermique correspondant à 44 jours* cumulés de chaleur excessive durant l'été, avec des pics pouvant atteindre 37,1 °C* à l'intérieur du logement.
Après une rénovation performante et avec les bons usages, cet inconfort est ramené à moins de 15 jours* cumulés sur l'ensemble de la saison estivale, tandis que le pic de température redescend à 32 °C*.
Charlotte Le Droumaguet, responsable des affaires publiques de Knauf Insulation France, membre du collectif Rénovons : « La rénovation énergétique demeure la première chose à faire pour garder son logement habitable lors des vagues de chaleur. Afin de protéger la santé des habitant(e)s des bouilloires, le gouvernement doit impérativement garantir le financement de MaPrimeRénov'. »
*Ces données sont issues des travaux de Rénovons s'appuyant sur une étude menée par le centre de recherche TIPEE. Les données exprimées en degrés-heures ont été traduites par les expert·es de Rénovons en degrés moyens dans le logement et en jours d'inconfort évités pendant l'été.
Les protections solaires et les usages restent déterminants
Le collectif rappelle toutefois que l'isolation ne suffit pas à elle seule à garantir un bon confort d'été.
Les protections solaires extérieures jouent un rôle essentiel en limitant le rayonnement solaire avant qu'il ne traverse les vitrages.
Les usages du logement jouent également un rôle déterminant.
Lorsque la température extérieure est supérieure à celle du logement, ouvrir les fenêtres pendant la journée favorise l'entrée de chaleur. À l'inverse, une surventilation nocturne, associée à une ventilation mécanique et à une enveloppe correctement isolée, permet de conserver plus efficacement la fraîcheur accumulée pendant la nuit.
Une rénovation qui réduit aussi les besoins de climatisation
Au-delà du confort thermique, la rénovation énergétique permet également de limiter le recours à la climatisation.
Selon le centre de recherche TIPEE, une rénovation énergétique globale permet également de diviser par trois les besoins en froid d'un logement climatisé.
Cette diminution des besoins se traduit par une consommation électrique plus faible, des équipements de climatisation moins puissants et un impact environnemental réduit.
Le témoignage de Patrice, propriétaire d'une maison rénovée à Montpellier, illustre cette évolution.
Patrice, propriétaire ayant rénové thermiquement sa maison à Montpellier : « L'été j'ai désormais la même température grâce aux travaux de rénovation énergétique qu'avec les trois climatiseurs qui avaient été installés auparavant dans mon logement. Nous avons une impression de confort exceptionnel dans la maison et de la fraîcheur sans climatisation. »
Le collectif Rénovons propose six évolutions pour mieux adapter les logements aux fortes chaleurs
Au-delà du constat technique, le collectif Rénovons estime que l'adaptation des logements aux vagues de chaleur doit désormais devenir un objectif prioritaire des politiques publiques.
Le collectif formule six propositions destinées à mieux prendre en compte le confort d'été dans les politiques publiques :
- réviser la méthode de calcul de l'indicateur relatif au confort d'été du DPE
- intégrer ce nouveau critère d'habitabilité d'été à la définition d'une rénovation performante
- informer les acquéreurs et locataires sur le confort d'été des logements lors des ventes et locations
- intégrer l'habitabilité d'été aux critères de décence des logements, avec une obligation pour les propriétaires bailleurs de prévenir les situations de surchauffe et de garantir une qualité de l'air intérieur satisfaisante
- créer un droit permettant aux locataires de déclencher une rénovation en cas de non-respect manifeste des critères de décence
- rétablir MaPrimeRénov' dans la version et avec les montants prévus par le projet de loi de finances pour 2024
Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons au sein du réseau Cler : « Alors que toutes les prévisions prévoient des vagues de chaleur plus fréquentes et plus violentes, il est primordial que l'action publique en matière de résilience face aux vagues de chaleur soit proactive. L'adaptation face à la surchauffe des logements est d'ores et déjà un enjeu de santé publique. Il devient dès lors indispensable de créer de nouveaux droits pour les citoyens les plus fragiles et impuissants face aux vagues de chaleur. »
Au-delà des économies d'énergie réalisées en hiver, les travaux présentés par le réseau Cler illustrent l'évolution des enjeux de la rénovation énergétique. Face à des épisodes de canicule appelés à devenir plus fréquents et plus intenses, le confort d'été s'impose progressivement comme un nouveau critère de performance des logements, aux côtés de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre