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L'apparition d'organismes nocifs pour les écosystèmes et la santé alerte sur le réchauffement du littoral. L'Ifremer se penche sur le phénomène et sa surveillance.

Les microalgues toxiques menacent les côtes françaises

 

Y aura-t-il plus de microalgues toxiques sur nos côtes ? L'Ifremer s'interroge sur le dévelop-pement dans le phytoplancton de ces espèces nocives, dans le cadre du programme Phytox (Physiologie et toxines des microalgues toxiques et nuisibles), notamment sur le rapport entre l'augmentation de leur toxicité et le changement climatique. On compte environ 5 000 espèces de microalgues, dont 175 toxiques pour l'homme ou nuisibles pour la biodiversité marine. Ces organismes affectent fortement les eaux littorales lors des efflorescences ou « blooms », ces proliférations naturelles et massives du phytoplancton.

Si le phénomène n'est pas nouveau, car documenté depuis le début du siècle, les effets de la perturbation de l'écosystème sont de plus en plus visibles, concernant de plus en plus souvent la santé des baigneurs et des consommateurs de coquillages. Ces microalgues renferment des toxines susceptibles de provoquer des troubles similaires à la gastro-entérite (algues Dinophysis) ou encore des troubles neurologiques parfois graves (algues Alexandrium, Pseudo-nitzshia). L'intoxication alimentaire appelée la ciguatera (trouble digestifs, neurologiques, cardiovasculaires) est aussi causée par une microalgue nuisible (Gambierdiscus). Ordinairement présente dans les zones tropicales, comme les Caraïbes, elle progresse ces derniers temps vers les zones subtropicales et tempérées, comme à Madère ou aux îles Canaries, surtout à cause de l'acidification de l'océan.

Dinophysis et Ostreopsis sur tous les fronts

En France, la surveillance des littoraux se concentre sur une vingtaine de microalgues, principalement Dinophysis et Ostreopsis. Elles sont présentes de la Manche à la mer Méditerranée. La première contient des toxines diarrhéiques, dangereuses tout au long de la chaîne alimentaire. Étudiée par l'Ifremer dans le cadre du projet européen Coclime, elle a été à l'origine de 68 % des 432 arrêtés d'interdiction enregistrés en Bretagne-Sud et dans les Pays de la Loire entre 2004 et 2018 d'après une étude du Lemna. Ces arrêtés ont entraîné la fermeture automatique d'exploitations conchylicoles. Les toxines présentes dans la microalgue nuisent fortement aux coquillages, mais aussi aux poissons, d'après le Virginia Institute of Marine Science. Selon le Lemna, la diversification des espèces de coquillages limiterait l'impact des microalgues, car elle favoriserait « le bon équilibre des communautés d'algues », et va de pair avec « un meilleur contrôle des rejets en nutriments d'origine terrestre ».

L'Ostreoposis, quant à elle, s'est invitée sur la côte basque et a contaminé 800 personnes l'été dernier. Ses toxines engendrent des irritations de la peau et des yeux. Elles occasionnent des difficultés respiratoires et d'éventuelles intoxications alimentaires, certes pas encore observées en Europe. Ostreoposis se développe habituellement dans les eaux tropicales et commence à s'établir, en été, dans les eaux chaudes de la Méditerranée ainsi que dans le golfe de la Gascogne (les efflorescences importantes sont précédées par des printemps chauds). Des recherches sont menées par le groupement d'intérêt scientifique Littoral Basque, depuis mars, pour approfondir les connaissances sur cette algue alors que l'Ifremer s'engage à surveiller sa présence dans les eaux de baignade et les estrans.

Un phénomène lié à la tropicalisation des eaux

 

 
La présence répétée d'Ostreopsis depuis les années 2000 témoigne de la ''tropicalisation'' rapide de cette mer semi-fermée (la Méditerranée) 
Philip Hess, expert en phycotoxines à l'Ifremer
 
En effet, les effets du changement climatique expliquent l'apparition sur nos côtes de ces microalgues toxiques, généralement présentes dans les zones tropicales. L'apparition d'espèces toxiques présente un danger majeur lors des phénomènes naturels d'ampleur. Les efflorescences qui colorent les eaux en rouge, orange ou vert, selon les espèces, « peuvent consommer tout l'oxygène d'une zone », asphyxiant les autres espèces marines, indique Maud Lemoine, biologiste à l'Ifremer et coordinatrice des réseaux de surveillance Rephy. Elle ajoute que « les blooms sont boostés par l'augmentation de la quantité de nutriments dans l'eau due aux activités humaines (rejets urbains, agricoles, industriels de phosphates et de nitrates) et/ou à des épisodes météorologiques ». On pourra citer les conséquences de la tempête Xynthia en 2010.

 

Le réchauffement des mers est directement mis en cause par Philip Hess, expert en phycotoxines à l'Ifremer et responsable de l'unité de recherche Phytox. Dans le cas d'Ostreopsis, en Méditerranée, « sa présence répétée depuis les années 2000 témoigne de la ''tropicalisation'' rapide de cette mer semi-fermée ». Les conclusions du programme démontrent surtout la persistance de Dinophysis, qui connaîtra « des efflorescences jusqu'au moins 2100 dans les eaux littorales européennes, et ce quel que soit le scénario climatique du Giec. ». En revanche, il n'existe pas d'éléments suffisants qui permettent de prouver l'augmentation de la fréquence des phénomènes en France. Cette microalgue, en particulier, a provoqué 20 « événements toxiques » en 2021, pour 38 en 2020, 24 en 2019 et 36 en 2018. Le scientifique prévient que « la situation variera selon les années, avec des régions plus impactées et d'autres épargnées », tout en rappelant que le changement climatique « provoquera des efflorescences de plus en plus difficiles à prévoir au gré, notamment, d'événements extrêmes (vagues de chaleur, tempêtes…) de plus en plus fréquents ».

L'enjeu de surveillance renforcé

Pour mieux comprendre et surveiller l'implantation de ces microalgues tropicales en France, l'Ifremer consolide son réseau Rephy-Rephytox à l'aide de plusieurs outils. La technique la plus courante est l'analyse d'échantillons d'eau de mer grâce à laquelle les scientifiques surveillent les concentrations en toxines. De nouvelles technologies sont désormais disponibles pour mieux appréhender ces phénomènes. Ainsi, des études sur le phyto-plancton sont menées grâce à des systèmes d'analyses d'images à travers l'objectif d'une caméra, des capteurs qui aident à informer sur la biomasse du milieu sont installés sur des bateaux ou encore diverses modélisations sont visualisées à partir d'écosystèmes marins numériques.

Enfin, on pourra citer les données satellitaires comme le projet S-3 Eurohab, ciblant la Manche grâce au satellite européen Copernicus. Ces images permettent la surveillance des efflorescences algales nuisibles et ainsi d'alerter les parties prenantes lors des fortes concentrations d'organismes toxiques. L'Ifremer a aussi mis en place un réseau participatif de signalement d'eaux colorées, nommé Phenomer, pour la Bretagne et les Pays de la Loire.

Tag(s) : #Environnement, #Biodiversité
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