Mais la facture est également salée pour la société dans son ensemble, incluant les citoyens qui ne disposent pas de ce moyen de transport. En effet, les « externalités négatives » lui reviennent à quelque 69 Md€, soit plus de 20 % du total ou 1 900 euros par véhicule en circulation. Florent Laroche a calculé un coût de 29,3 Md€ pour la congestion des espaces, 13,5 Md€ pour l'insécurité, 10,7 Md€ pour les émissions de CO2 ou encore 7,8 Md€ pour la pollution locale.
L'État et les collectivités territoriales prennent aussi en charge 26 Md€ pour contribuer aux infrastructures, au stationnement ou aux aides publiques, soit 730 euros par voiture. Pris en étau entre la nécessité de soutenir la transition écologique et celle de faire office de bouclier face aux tensions sur les marchés énergétiques, dues notamment à la guerre en Ukraine, l'État a par ailleurs consenti 5,7 Md€ d'aides publiques au système voiture en 2023, dont 62 % en soutien indirect à l'utilisation de la voiture à essence, contre 38 % pour l'électrification ou la réduction du parc.
Des aides pas toujours écologiques
Dans le détail, le manque à gagner de la déduction fiscale du barème kilométrique s'élève à 3,1 Md€, selon la Cour des Comptes, et le chèque carburant destiné aux plus modestes à 0,4 Md€. Le bonus écologique revient à 1,5 Md€, la prime à la conversion à 0,25 Md€, les bornes de recharge électriques à 0,3 Md€, les primes au rétrofit et au covoiturage à un peu plus de 0,15 Md€.
Zoom sur d'autres dépenses
- Coûts d'exploitation des routes non concédées en 2023 : 1,1 Md€ sur le réseau national, 9,1 Md€ sur le réseau local.
- Carburant : 55,2 Md€
- Stationnement payant hors domicile : 7,8 Md€
- Stationnement à domicile : 28,5 Md€
- Dégradation des écosystèmes : 3,9 Md€
- Gestion des parkings publics hors voirie : 2,3 Md€
- Permis de conduire : 2 Md€
- Bruit : 3,8 Md€ (plusieurs dizaines de milliards selon l'Ademe)
- Écosystèmes : 3,922 Md€
Parmi les coûts méconnus du système voiture, se trouve également celui du stationnement à domicile, qui atteindrait 28,5 Md €, soit près de 10 % du coût du système. « La présence d'une place de parking ou d'un garage lors de la location ou de l'achat d'un logement justifie souvent un prix plus élevé, révélant une immobilisation d'actif invisibilisée dans la comptabilité habituelle et pourtant importante pour les usagers, indique Florent Laroche. Par ailleurs, l'espace mis à disposition du stationnement dans les plans d'aménagement des ensembles collectifs ou individuels induit une consommation de foncier supplémentaire à défaut d'une autre utilisation, générant également un coût. »
Ce coût est à prendre avec prudence en raison de son caractère exploratoire et de son poids dans la structure du coût global du système voiture, précise cependant le chercheur. Mais ce dernier estime son ordre de grandeur « très certainement » proche de ce que peut représenter le capital immobilisé dans les solutions de stationnement à domicile en France.
Un nécessaire débat à venir
Des chiffres éclairants en période de réflexion budgétaire et qui méritent d'y prêter attention : non seulement parce que de nombreux Français restent exclus de ce système, même en disposant du permis de conduire, mais aussi parce que celui-ci contribue fortement à la crise climatique. La voiture individuelle représente encore 15 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. « Nous avons bâti notre mobilité sur un modèle extrêmement coûteux et qui est pourtant insoutenable et injuste », souligne Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies mobiles, appelant à un débat démocratique élargi et éclairé. « Il est temps de repenser nos choix. Cet argent peut être investi autrement, pour des transports moins onéreux, plus écologiques et plus inclusifs. »
Au mois de septembre prochain, le groupe de réflexions publiera une suite prospective à cette première étude, sur le coût d'un système alternatif à la voiture, cette fois. Un peu de grain supplémentaire à moudre pour le Gouvernement, afin d'alimenter son projet de loi-cadre sur les transports censé être élaboré avec les parlementaires et être déposé avant la fin de l'année. Sauf si ces derniers en décident autrement et lui refusent leur confiance en session extraordinaire, lundi 8 septembre. En conférence de presse lundi 25 août, le Premier ministre François Bayrou a annoncé qu'il engagerait la responsabilité de son gouvernement, sur les questions budgétaires justement.