Le Comminges a connu un sérieux coup de froid durant la deuxième semaine de janvier 2026. Le retour de l’hiver, qui s’était éloigné depuis 2019, a surpris quelques habitants : -8 °C à Cassagne dès 5 heures du matin. Pour les moins prévoyants, le réveil s’est fait sans eau.
Les Cassagnards se souviennent encore de l’épisode de janvier 1985, marqué par le gel des conduites : "Les températures ayant chuté à -25 °C, les canalisations avaient gelé dans nombre de maisons", explique un habitant. "Heureusement, on pouvait chercher de l’eau chez les Dat le temps que cela remonte. Monsieur Dat utilisait aussi son puits, car son propre réseau était bloqué."
Un puits miraculeux datant de 1 870
Quel était donc ce puits miraculeux ? Françoise Dat, fille d’Henri et de Francine, dévoile le secret : "La maison de mes parents date de 1870, le puits a dû être bâti à ce moment-là. Quand j’étais petite, l’ouvrage n’était alors qu’une simple cavité béante sans margelle. Mon frère Jean-Pierre et moi y montions pour s’amuser. Pendant toute mon enfance, les gens du village venaient chercher l’eau. Sur la terre battue et les briques foraines, les gens passaient la porte ouverte tout au long de la journée, hiver comme été. C’était juste pour rendre service."
Ce n’est qu’à la naissance des petits-enfants qu’une margelle fut construite et l’ouverture sécurisée par une porte en fer forgé, intégrant définitivement le puits à la cuisine.
Le défi de l’approvisionnement
Cassagne, village perché, a longtemps souffert de problèmes d’approvisionnement, contrairement aux hameaux des vallées du Lens ou du Salat. Joseph Blanc, ancien maire, détaille cette géographie atypique : "Il y avait la Hount Escuro sur le versant du Salat, la Hount Crabe, ou encore les sources de Champagno, du Barry et de Capsuran sur le versant du Lens. Ces deux dernières furent aménagées en fontaines publiques dès 1 681. Jusqu’à une époque récente, des générations de femmes ont parcouru ces sentiers pour remplir la "Dourgne", cette cruche de verre ventrue, afin de remonter inlassablement l’eau pour le ménage."
Quelques puits profonds constituaient une ressource d’appoint. Parmi eux, celui de la famille Dat était unique car situé à l’intérieur de l’habitation. Il a alimenté les quartiers "d’en bas", de la route de Salies à la place de la Croix, avant l’installation généralisée de l’eau courante.
En 1937, Jules Masquère créa le Syndicat des Communes de l’Arbas et du Bas Salat. Ce syndicat devint opérationnel en 1941, gérant 15 kilomètres de canalisations pour 16 communes, dont Cassagne. Mais avec les perturbations de la guerre, le raccordement total prit du temps. En attendant, les puits familiaux comme celui des Dat restèrent, pendant des années encore, le cœur battant de la solidarité villageoise.