Samedi 13 décembre était une journée de soutien à Gilles Dedieu, dont l’élevage à Touille était menacé d’abattage. Les 35 bêtes ont finalement été abattues, premières victimes haut-garonnaises de la DNC – Dermatoze nodulaire contagieuse.
Les abords de la ferme étant sécurisés par les forces de l’ordre, c’est au quartier du Bout du Pont à Salies-du-Salat que le rassemblement s’est fait. Des agriculteurs, des habitants et élus du village ou des villages alentour étaient présents jusque tard dans la nuit, soucieux de montrer leur soutien à l’éleveur
Une manifestation qui s’est déroulée dans le calme, mais qui exprimait toute la colère et la « résignation forcée » des manifestants.
Les éleveurs n’ont pas le choix
"Difficile de s’exprimer, de contester". Sous couvert d’anonymat, un agriculteur explique : "Les éleveurs n’ont pas le choix. Ils doivent accepter d’abattre les bêtes sans quoi on leur supprimera les aides de la PAC, des amendes seront appliquées, par journée et par vache de retard sur l’abattage, ainsi que des interdictions temporaires de reprise de cheptel, etc". Refuser l’abattage devient ainsi impossible pour l’éleveur.
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"Dans le même ordre d’idée, des sanctions sont aussi prévues pour l’agriculteur en cas de dégradations ou de débordements provoquées par les manifestants". Débordements de toute façon difficile à envisager eu égard des forces de gendarmerie déployées dans le petit village.
À Salies, deux centaures, des véhicules et un grand nombre de gendarmes filtraient les passages des voitures. Ce qui n’empêchera pas deux tracteurs et leur remorque de contourner le barrage et venir déposer gravats, bois et ferrailles sur la route de Touille. En soirée un feu a également été allumé par les manifestants sur le pont du Salat, entraînant la fermeture de l’ouvrage jusqu’à ce lundi matin.
"Je ne comprends pas ce refus d’écouter nos agriculteurs"
Parmi les élus des communes voisines de l’Ariège et du Comminges – certains avec leur conseil municipal, écharpes en bandoulière – ceux de Saint-Martory. "Je me sens concerné parce que nous avons sur la commune un agriculteur avec des bovins, mais pas seulement" explique le maire Raoul Raspeau. "Mais pas seulement : à travers les agriculteurs, c’est toute la ruralité qui est menacée".
"Ce que je ne comprends pas c’est ce blocage du gouvernement et le refus d’écouter les agriculteurs dont les propositions me semblent sensées, poursuit l’élu. Ils sont malheureusement en train de tuer le monde agricole en restant muet comme ils le font". En ligne de mire, l’éventuelle signature du Mercosur qui plane sur la tête des éleveurs : "Ce qui va se passer, c’est que nous, on va aller acheter de la viande étrangère, qui sera ce qu’elle est. Il y en a peut-être de la bonne, mais il y en aura aussi de la mauvaise. Et on va tuer notre France agricole".
Un soutien qui témoigne de la solidarité du monde rural avec ses agriculteurs. Même s’il n’atténue pas la terrible douleur que représente la perte du troupeau pour un éleveur.