
Le budget 2026 opère des coupes drastiques dans les dispositifs d’aides aux agriculteurs. - © Isabelle Souriment / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Alors que le nombre de fermes en difficulté économique ne cesse d’augmenter, l’État a opéré dans son budget 2026 des coupes drastiques dans les dispositifs d’aides. Une situation largement dénoncée par les syndicats.
Le Salon de l’agriculture s’est ouvert le 21 février dans une ambiance morose. Inondations, sécheresses, dermatose nodulaire contagieuse, flambée des prix… Le monde paysan reste soumis à de rudes épreuves. Ces crises successives font des dégâts, mettant un nombre croissant de fermes en grandes difficultés financières. Pour preuve, 1 735 exploitations agricoles ont fait l’objet en 2025 d’une procédure collective — soit d’un plan de sauvegarde, d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation judiciaire — selon le bilan d’Altares, expert de l’information des entreprises. Une hausse de 15,8 % par rapport à l’année précédente.
Malgré une fragilisation du secteur, le gouvernement a cependant décidé de réduire drastiquement les aides destinées aux exploitations les plus en difficulté dans le budget 2026, adopté via le 49.3. C’est ce que dénonce Solidarité Paysans, association qui accompagne les agriculteurs en détresse : « Ce budget entérine une baisse de 80 % du financement de l’Aide à la relance de l’exploitation agricole (Area) pour 2026, malgré les avis unanimes des deux assemblées pour rétablir ce financement, malgré les amendements adoptés à plusieurs reprises en ce sens et malgré les alertes multiples. » Concrètement, l’enveloppe consacrée à l’Area, passe de 6,7 millions d’euros en 2025 à… 1,3 million pour 2026.
« Les pouvoirs publics justifient cette baisse de 80 % du budget par le fait que l’enveloppe a été très peu utilisée l’an dernier. Ils ont donc fixé le montant pour 2026 à hauteur des crédits utilisés en 2025 », explique Christelle Hédouin, coordinatrice à Solidarité Paysans.
Des fermes exclues du dispositif
L’Area, mise en place depuis 2019, est l’une des rares aides publiques dédiées aux agriculteurs et agricultrices en difficulté. Elle vise à mettre en place un plan de restructuration de l’exploitation et un suivi technico-économique. Elle doit être précédée d’un audit global techno-économique destiné à évaluer la viabilité et la capacité de redressement de la ferme. Première faille du dispositif, selon Solidarité Paysans : les critères d’accès à l’audit global dévoient le dispositif parce qu’ils permettent à tout agriculteur d’en bénéficier, même si la ferme n’est pas en difficulté financière.
Seconde faille : l’Area est peu utilisée parce qu’une partie des critères d’accès, établis au niveau européen, ne sont pas adaptés aux exploitations les plus en difficulté. « Certaines d’entre elles se voient exclues de fait. Le dispositif passe totalement à côté de sa cible initiale », déplore Christelle Hédouin.
Son association réclame la suppression de certains critères limitants pour de nombreux agriculteurs, notamment celui obligeant à détenir des capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social. En vain. L’État n’a mené aucune action auprès de la Commission européenne pour modifier ces critères. Même constat de la part de la Confédération paysanne : « Nous avons souligné à plusieurs reprises que le sous-usage de ces fonds était principalement dû à un dispositif peu réactif et dont les critères devaient être adaptés afin de cibler les fermes les plus en difficulté qui ne peuvent pas concrètement y accéder. »
Troisième faille : une procédure complexe et des délais très longs, qui peuvent s’étaler sur plus d’un an, entre les premières démarches et la mise en place d’un éventuel plan de restructuration. « On réfléchit à deux fois avant d’engager un agriculteur dans cette démarche. Ça ne sert à rien d’engager un audit global si, ensuite, ça ne débouche pas sur une prise en charge au titre de l’Area », dit la coordinatrice de Solidarité Paysans.
D’autres aides amputées
L’Area n’est pas le seul dispositif à subir une coupe drastique : l’enveloppe consacrée à l’Aide à la cessation d’activité passe de 700 000 à 200 000 euros. Celle-ci permet en théorie de faciliter la reconversion professionnelle des agriculteurs contraints de cesser leur activité pour des motifs économiques. « Les agriculteurs ne bénéficient pas du chômage quand leur exploitation fait faillite. Pour eux, il est souvent difficile de rebondir », explique la Confédération paysanne.
La loi d’orientation agricole du 24 mars 2025 prévoit un nouveau dispositif : l’aide au passage de relais pour les exploitants qui céderaient leur exploitation avant l’âge légal de la retraite. « Mais les décrets sont toujours en attente de publication, et on ne sait pas qui en seront exactement les bénéficiaires », nuance le syndicat paysan.
Enfin, dernière amputation au système d’accompagnement des paysans en galère : le fonds d’allègement de charges, qui était doté de 1,7 million d’euros en 2025, est purement supprimé du budget 2026. Il permettait de financer une partie des frais bancaires (intérêts, restructuration de prêts) en cas d’étalement de la dette.
« Quand les fermes sont dans une situation trop difficile, l’accompagnement n’est souvent pas réalisé, constate la Confédération paysanne. Pourtant, beaucoup de ces fermes sont sauvables. Il est même démontré que les fermes qui bénéficient d’un plan de redressement s’en sortent souvent bien mieux que les entreprises d’autres secteurs d’activité. »
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