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Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. NR ANDY BARREJOT
Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. NR ANDY BARREJOT

Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. NR ANDY BARREJOT

 
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  • Dans le bois de Caixon, Jean Baqué s’est recueilli là où fut exécuté son protecteur, Louis Otin./ Photo Andy Barréjot
    Dans le bois de Caixon, Jean Baqué s’est recueilli là où fut exécuté son protecteur, Louis Otin./ Photo Andy Barréjot NR - ANDY BARREJOT
  • Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon.
    Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. NR - ANDY BARREJOT
 
Publié le  , mis à jour 

l'essentielEn l’espace d’une semaine, Jean Bacqué, alerte centenaire de Larcan, a remonté le fil de son histoire, jusqu’à ce jour de décembre 1943 où, prisonnier de la Gestapo à Tarbes, ce résistant reçut une balle dans le dos dans sa fuite. C’est Louis Otin qui le recueillit et le mit en sécurité. Vendredi, Tonton Jean a retrouvé l’Espagnol, enterré au cimetière de Caixon.

 

 

À voir Jean Baqué parcourir Caixon d’un pas alerte ce vendredi, on devine que le centenaire d’aujourd’hui est animé de toute l’ardeur du résistant de 22 ans d’alors. Alors, c’était en décembre 1943, à Tarbes, à l’hôtel Family, siège de la Gestapo. « Je m’étais engagé dans le 2e Hussard. J’entendais le récit des Poilus qui parlaient des boches qui avaient tué mon oncle. Je voulais le venger. »

De là, Jean Baqué, bascule dans la résistance. « On se donnait rendez-vous à 18 h dans un coin du Jardin Massey pour recevoir les ordres. Comme j’étais le seul à avoir le permis, c’est moi qui conduisais la camionnette qu’on récupérait au château de St-Aunis, entre Pujo et Vic, pour dévaliser les carrières pour la dynamite pour faire sauter les voies, ou encore les dépôts de vêtements qui servaient au maquis d’Esparros. »

C’est à Vic qu’il croise Louis Otin, qu’il ne connaîtra jamais que sous le nom de l’Espagnol.

 

Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon.
Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. NR - ANDY BARREJOT

 

Mis à l’abri dans le grenier du château

Arrêté un vendredi soir par la milice alors qu’il va chercher du pain, il profite, quelques jours plus tard, d’une halte aux toilettes pour se soustraire à ses tortionnaires de la Gestapo. « Si je ne m’étais pas évadé, après les coups de crosse, j’aurais subi le même régime que Gaston Lagourgue, chez qui je travaillais et qui a été déporté à Buchenwald. J’étais tellement heureux de me retrouver dans la rue, libre ; Je me suis mis à slalomer entre les arbres le long de la gare. Dans ces moments, vos forces sont décuplées. J’ai dû battre le record du 100 m. » Insuffisant toutefois pour échapper au lieutenant allemand qui le pourchasse à vélo et lui assène une balle dans le dos. « Je ne me suis pas retourné pour ne pas lui offrir ma poitrine. »

Malgré la blessure, Jean Baqué rejoint la gare, passe sous les trains et tombe sur un vélo qu’il enfourche, semant ainsi ses poursuivants. Par les chemins de campagne, Tonton Jean rallie Vic-Bigorre où dans la nuit, il frappe à la porte du château de St-Aunis que lui ouvre chaleureusement Louis Otin. « Personne ne me connaissait ici et je ne connaissais personne, ni d’autre endroit où aller. L’Espagnol m’a mis en sécurité dans le grenier à foin et a appelé le Dr Battoue qui s’est déplacé dans la nuit pour venir me retirer la balle. Otin m’a ensuite mis à l’abri au collège des filles pendant les vacances, avant de me conduire dans deux autres familles vicquoises. »

Au bout d’un mois, c’est encore Louis Otin qui lui fournira la carte routière sur laquelle il se reposera pour rentrer à Larcan dans le Comminges, à vélo. « Comme les Allemands m’avaient pris mes papiers, j’étais inquiet qu’ils s’en prennent à ma famille. »

 

Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon.
Jean Baqué "Tonton Jean" rend hommage à son protecteur M. Otin, au cimetière de Caixon. NR - ANDY BARREJOT

 

«On ne savait rien l’un de l’autre»

Soixante-dix-huit ans plus tard, l’histoire a refait surface. D’abord par une visite à Tarbes, un samedi où Tonton Jean et ses proches retrouvent Dominique Delluc qui les guide sur ce parcours mémoriel. À la gare de Tarbes, puis sur le porte-bagages du résistant jusqu’au château de St-Aunis. Sur ce chemin de mémoire, la famille commingeoise est accueillie par l’ancien maire de Vic, Jean Bordères.

C’est là, avec la complicité de plusieurs connaisseurs historiques du canton, que Tonton Jean apprend le funeste destin de son sauveur. En juillet 1944, dans des conditions troubles, Louis Otin sera arrêté par des hommes « vêtus de bleu » et fusillé dans la forêt de Caixon. « C’est un passage de ma vie qui me revient. Que l’on puisse avoir des doutes sur lui m’a affecté. On ne se parlait pas beaucoup. On ne savait rien l’un de l’autre. Mais je sais que s’il n’était pas résistant, c’était au moins un sympathisant pour m’avoir ainsi aidé. »

Alors, une semaine après avoir mis un nom et un prénom sur son ange gardien, Jean Baqué, accueilli par le jeune maire du village de Caixon, Aurélien Simonet, s’est recueilli là où Otin a perdu la vie, dans l’anonymat du bois, avant de déposer une gerbe sur la tombe de l’Espagnol. Seuls tous les deux comme cette nuit de décembre 78 ans plus tôt, puis rejoints par les porte-drapeaux. « Je suis heureux qu’il soit entouré de tous ces drapeaux. » Sur la tombe, des mots fleuris et choisis, puisque rares : « A Louis Otin, mon protecteur, Jean Baqué ».
 

Andy Barréjot

Tag(s) : #Pyrénées, #Guerres, #La Resistance et les Villes Médaillées
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